22 juin 2020

Des chips et des leffe !

Des skeuds et des zines !

CHUBBY & HIS GANG « Speed kills » LP
 
C'est pas trop compliqué, voilà le skeud récent que j'ai le plus écouté depuis le début de l'année... et pendant le confinement aussi, tiens d'ailleurs ! Je connaissais pas du tout ces anglais aux looks casu / skins de bon aloi mais la pochette m'a fait de l’œil. Je sais pas vous, mais c'est quand même assez rare qu'une pochette me fasse de l’œil... c'est assez rare qu'une fille me fasse de l’œil aussi, ceci dit, ahaha ! Mais là, putain, elle est absolument splendide: détournement talentueux de Robert Crumb avec des couleurs sur-agressives et plein de détails, le panard esthétique complet ! J'aurais presque pu me contenter de la pochette, mais ça aurait été un peu con. Parce que le contenu est à la hauteur. En fait, même s'ils n'ont rien inventé (ou pas beaucoup), leurs chansons me foutent une patate du tonnerre de dieu ! C'est marrant, ça me rappel plein de petits trucs mais le mélange est tout de même charismatique et cohérent, et ça ne sonne pourtant pas autant "retro" que ce à quoi on pourrait s'attendre. En fait, ça me fait penser à des New Bomb Turks qui se mettraient à jouer un mélange de oi! et de glam/proto-punk, ou Career Suicide qui ferait des reprises de Dr Feelgood et d'obscurités punk 77 / KBD ! Le son est plutôt garage, le tempo HC pieds-au-plancher à une paire de "ballades" près, et le chanteur gueule plus qu'il ne chante. Mais on y chope tout de même de chouettes mélodies, rehaussées de discrets mais judicieux ajouts d'harmonica, de bottleneck, d'orgue et de hand-claps. Bref, ce n'est pas "que" bourrin, c'est du rock'n'roll énervé pour aujourd'hui. Franchement, ce disque est terrible, de loin le meilleur truc écouté depuis une paire d'année. C'est pas souvent que je trouve une énergie communicative aussi évidente chez des groupes contemporains trop souvent sur-référencés et appliqués, bien trop focalisés sur la reproduction d'un son et d'une esthétique... Là, c'est bordélique, sincère, foutraque, jouissif et ça donne juste envie de sauter partout en levant le poing! Aaarrggh ! Loupez pas ce skeud, sans dé-co-nner !! Ils me réconcilieraient presque avec le punk actuel, tiens. (Static Shock)


MOVING TARGETS « Wires » LP
 
Vous le savez p'têt pas, mais les groupes qui se reforment, généralement ça m'en touche une sans faire bouger l'autre… Mais il faut toujours des exceptions pour que la proverbiale règle s'applique, non ? En v'là donc une, d'exception ! Même si en réalité, en terme de reformation c'est pas tout à fait ça : à part le chanteur / guitariste / compositeur, tous les autres musiciens du groupe original sont morts, donc là c'est Ken Chambers et deux nouveaux gars. Peut-être qu'il s'est dit que personne ne se souviendrait de Ken Chambers ? Mais comme dirait notre bon monarque : « Et en même temps », qui se souvient des Moving Targets ? Bon, je m'y colle : dans les années 80, aux US des A., ils furent parmi les tous premiers groupes à suivre la voie tracée par Hüsker Dü en proposant un post-HardCore mélodique et tourmenté. Un des deux ou trois meilleurs dans le genre, pour moi, avec les Nils, tiens ! Leur premier album de 1986, « Burning in water », est une merveille incomparable, et les trois suivants étalés entre 1989 et 1993 sont des putains de bons skeuds aussi. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre mais le concert qu'ils ont donné cet automne à Sainté était excellent, j'en ai donc profité pour choper ce nouvel alboum. Bien m'en a pris : il est super lui aussi ! En fait, c'est comme si 30 ans ne s'étaient pas écoulés : je les retrouve comme je les aimais, avec ces mélodies qui tuent, ces guitares foisonnantes et ces ambiances dont ils ont toujours eu le secret. C'est marrant, parce qu'en fait ce disque me fait pas mal penser à l'album des Lemonheads d'il y a une dizaine d'année, celui ou les Descendents ont servi de backing-band à Evan Dando ! Certaines mélodies s'en rapprochent vachement et le format est à peu près le même : punk mélodique proche de la perfection. Pour citer à nouveau notre aimable souverain : « Et en même temps », on peut se souvenir que dans la deuxième moitié des 80's, les deux groupes partageaient le même label (Taang!) et les mêmes origines (le Massachusetts). Donc bon, rien d'étonnant, finalement. Quoi qu'il en soit, si vous avez envie de refrains lumineux, de punk-rock intemporel et de belles chansons tubesques, cherchez pas plus loin : voilà un disque qui ne fait pas pâle figure aux côtés des classiques. Prenez en de la graine, les p'tits jeunes ! (Boss Tuneage)

  
DEAD WRETCHED « No hope for you » LP 
Depuis quelques années, le label redskin allemand Mad Butcher s'est lancé dans la réédition de tonnes de trucs punk anglais en licence, comme à peu près 15 ou 20 autres labels européens. Je trouve ça plutôt cool vu que ça permet de choper des skeuds à des tarifs abordables et Mad Butcher a donc rendu à nouveau disponible des classiques absolus et indispensables de The Partisans, The Blood, Violators, Peter and the Test Tube Babies, The Carpettes, Red London, Demob et autres The Nips. Généralement, ils ne se foulent pas trop sur les pochettes et y'a pas souvent d'inserts ou d'infos (voir la différence énorme entre leur réé basique des Violators et celle, excellente et irréprochable, de Vomitopunkrock Records...). Mais sur ce coup, là, c'est carrément bien vu puisque de toutes façons, on ne peut pas dire que ça se bousculait pour rééditer cet obscur groupe de « punk UK82 ». Un groupe qui de son vivant n'a sorti que deux 45t, soit 6 morceaux... Et sérieux, c'est excellent !! Ils étaient de Birmingham mais on ne peut pas les rapprocher tant que ça de Charged GBH, les gloires locales. Ou alors, juste un tout petit peu. Les six titres des 45t, c'est la pure boucherie ! "No hope for the wretched" qui est issu de leur premier EP, c'est un tube POIDS-LOURD, un pur hit de Oi! comme peu de groupes Oi! d'alors réussissaient à en produire, et je te parle même pas de ceux de maintenant, hein. Un vrai gros classique ignoré, pas juste un truc sympa mais un peu anecdotique non non non. C'est du niveau des meilleurs artefacts du genre, voir même meilleur que certains incontournables si tu veux mon avis. Et "Convicted" de leur 2eme 45t est du même tonneau: gros mid-tempo super méchant mais dont le refrain te squatte le cerveau directos. Le chanteur a une super voix, je trouve, en plus. Je ne comprends pas pourquoi ce groupe a été complètement oublié, sérieusement ? Ils auraient eu un skin dans leurs rangs, tous les neusks pavloviens (pléonasme !) leur voueraient un culte. Et si des mecs de Tragedy en avaient causés, les punks-bubars du monde entier en feraient des reprises. Tu m'as compris, ils ont pas eu la chance de Blitz et surtout pas la résonance de ces derniers, pour tout dire ! Mais attention, on pioche aussi ici des titres plus rapides dans une optique GBH / One Way System, un brin moins évidents mais tout aussi efficaces, pour un ensemble sonnant plus "UK82" que Oi!, c'est clair. Le label a rajouté 4 démos sympas de 1982 mais qui piquent un peu niveau confort auditif, 3 titres de répets de la même année quasi inaudibles et 4 titres enregistrés en 2010 qui, sans approcher l'excellence des chansons des 45t, sont pas dégueu du tout. En tous les cas, moi je suis content, ça passe régulièrement sur mon tourne-disque et je pense que ça devrait aussi le faire sur le votre. (Mad Butcher)
 
ARTCORE n°39
   
C'est toujours noël à la maison quand un nouveau n° de Artcore sort ! Et comme toujours, on a droit à des interviews super bien tournées de groupes en activité qui ont des trucs intéressants à dire (Open Wounds, Subhumans, Total Massacre, etc.) mais aussi des entretiens passionnants avec des choses historiques : ici, le légendaire zine Flipside, Part 1, le groupe anarcho-punk anglais du début des 80's ou ces chers Exit Condition qui causent de leur relation avec Pushead. Trop bien ! On rajoute les souvenirs perso d'un gars sur les mythiques concerts H.C. du sud de la Californie au début des années 80, et ça se boit comme du petit-lait ! Je suis plus circonspect quant à l'énorme article couvrant la scène punk Canadienne des années 70 et 80 : il a les défauts de ses qualités, en fait. A trop vouloir être exhaustif, ça finit par ressembler à une liste de noms plus qu'à autre chose et ça manque cruellement de contexte… mais je pinaille, c'est un boulot de fou qui couvre donc absolument tous les groupes, de DOA aux Nils, en passant par Teenage Head, les Diodes, Dayglo Abortion, SNFU et des dizaines d'autres. Dans un registre différent, l'article sur le revival Mod de 1979 ne me satisfait pas réellement non plus vu que bien vite emballé et présentant des choix un peu chelou (...préférer les Lambrettas à The Squire ! Non mais ans dec'!!?!). Mais à l'arrivée, tout ça donne plusieurs heures de lecture impeccable, et c'est toujours pour moi un des meilleurs zines en activité, bien entendu. Et en plus, y'a un 45t avec, et pas n'importe quoi !:

MYDOLLS «Nova grows up »  7'
Pas n'importe quoi, donc, étant donné que c'est une réédition d'un 45t sorti en 1981 sur C.I.A. Records, label Texan responsable de skeuds légendaires de Really Red et Culturcide. Mydolls, c'est un groupe qui a partagé les scènes avec certains de mes groupes favoris (Dicks ! Big Boys!) et qui fut partie prenante de la scène punk de Houston, aux côtés des grand frères de Really Red déjà cités. Et un groupe qui avait la particularité pour l'époque d'être aux trois/quart féminin, ce qui était encore bien loin d'être entré dans les mœurs ! Les trois titres ici sont super charmants : post-punk au son à la fois très aéré (super production, d'ailleurs!) et à l'équilibre pourtant garagesque, particulièrement sur l'instru de face B. Le synthé aigrelet renvoie aux Stranglers et les saccades de grattes à Gang Of 4, mais les structures free-form et le chant plein de morgue font inévitablement penser aux Slits. Je vous dit ça pour situer, j'aurais tout aussi bien pu vous renvoyer à des Kleenex moins pop et moins punky ,ou à des Neo Boys avec le sens du groove (et qui auraient appris à jouer, ahaha!). Mais en fait c'est à la fois tout ça et d'un autre côté pas du tout ! Du post-punk un brin arty mais pas trop, super ludique et singulier, en bref une réussite. Mon seul reproche, c'est que le disque est trop court !


LA CLASSE A DALLAS
Ah yes, le bon gars « Ake » responsable du défunt zine « Au Paul Emploi » remet le couvert ! Chic alors ! On reste donc sur des textes mélangeants fiction et témoignages et ça roule, ma poule ! Par contre, il ne nous propose pas que de l'inédit sur ce coup, l'enfoiré : certains textes (ceux sur l'absurdité du travail précaire) sont issus de Paul Emploi mais avaient été recalés de l'excellent recueil « Le travailleurde l'extrême » ; c'est parfait pour ceux qui ont le bouquin mais pas la collec' intégrale du zine, mais un peu frustrant pour les autres, beuhh. D'autres textes ici présents ont eux été publiés dans différents zines (R.E.S.T, Deadline…). Mais on a tout de même de la nouveauté avec toute une série de rêves super drôles et finement racontés. Et pi un récit de sa carrière footballistique avortée à se rouler par terre de rigolade, et un autre du même tonneau sur ses expériences de colos quand il était gamin. Cerise sur le gâteau, une page salvatrice sur l'obsession de la brochure et de la réu dans les milieux alternatifs ! Bref, que veux-tu que je te dise ? C'est à la fois farfelu et perspicace, souvent ultra marrant et d'autres fois pas du tout, très critique mais loin du nihilisme de façade en vogue ces derniers temps dans les milieux « autorisés »... Far-pait ! L'idéal, pour moi, serait qu'il nous chie un recueil comme ça tous les deux/trois mois… Mais j'ai comme un doute… Au boulot, feignant !!! Et pour ceusses qui n'ont toujours pas lu « Letravailleur de l'extrême », foncez vous le procurer, c'est indispensable. (boudoumeterror  at riseup point net)


LA MORSURE DU QUOTIDIEN
Voilà un petit zine / livre fort iconoclaste, écrit à quatre mains par Philippe Vérole et Lyssa L. ; une de ces deux personnes a un passif dans un groupe punk connu, à vous de trouver lequel, je ramasserais les copies dans vingt minutes… Une petite cinquantaine de pages pour des textes « au feeling » où ça ferraille dru contre ce monde de merde. C'est pas exactement le truc que je lirais si j'étais en dépression, faut l'avouer, mais une saine colère le dispute au renoncement misanthrope, donc ça me le fait. On est parfois pas loin de la poésie, d'autres moments plus proche du pamphlet, bref c'est pas super évident à cataloguer, tu as dû voir comment j'en chie pour le faire ahaha. J'oublie pas que l'objet est en lui même très joli, avec un choix de typo « old school » et des gravures des XVeme et XVIIeme siècles comme illustrations. Si vous êtes de nature curieuse : get it ! Si vous ne l'êtes pas, ça peut aussi vous plaire. (Mort Lente)


PARCE QUE ÇA NOUS PLAÎT / WELCOME TO THE CLUB
On m'a gentiment fait passer ces deux livres conçus sur le même principe : 20 nouvelles ayant pour thème un groupe punk Français, O.T.H. et LES THUGS respectivement, par 20 auteurs hexagonaux. Je me suis malheureusement rendu compte que ce n'est définitivement pas pour moi. Et j'en suis vraiment désolé, mais ya des trucs comme ça dur à expliquer ! Par exemple, j'aime pas le cirque, je vous l'ai déjà dit ? Mais revenons à nos moutons : j'aime pourtant lire et j'adore les deux groupes en question, donc je m'étais dit que ça allait le faire... Mais en fait non. Je suis pas convaincu par le principe, pour tout dire. Alors bien entendu, j'ai pioché dans les deux opus quelques nouvelles très chouettes, mais je trouve le concept tiré par les cheveux : je cherche encore le lien avec le groupe dans certaines nouvelles, par exemple ! Comprends pas ? Et certains choix récurrents me gavent un brin : dans le livre sur O.T.H., t'as l'impression que presque tout le monde s'est senti obligé de parler de Hlm avec le décorum censé aller avec, vu que comme le disait la chanson, « les hlm, les hlm, les hlm sont leur domaine »… C'est dommage parce que ces deux livres sont diablement jolis et bien branlés. Et heureusement, je suis persuadé qu'ils trouveront leur public ; je ne suis pas une référence en matière de bon goût, après tout ! (Kicking Records)

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