5 sept. 2021

des zines ! des zines !

TRASH TIMES n°21
A cha
que numéro de Trash Times, je suis comme un con quand je l'ouvre: punaize, ce que c'est joli ! Non mais sans rire, en terme de présentation, c'est pour moi un pur plaisir esthétique toutes les fois ! Et pour ne rien gâcher, le contenu est à la hauteur du contenant: ici, le gros de la revue est occupé par un dossier sur les "créatures des marais" dans les comics, des années 40 à nos jours, de The Heap à Swamp-Thing en passant par Man-Thing. Gros gros panard des familles, où ça combine sujet passionnant, iconographie splendide et articles fouillés et érudits. Le thème des créatures des bayous est aussi traitée dans son volet cinématographique, histoire d'être encore plus complet... terrible. On rajoute un peu de rock'n'roll avec les intervious de Magnetix (garage ) et Hangman's Chair (sludge) et une bonne série de kroniks vidéos de séries B et Z oubliées, et c'est juste trop bon ! Indispensab'. Pour les stéphanois, il sera dispo dans genre une semaine dans les librairies L'Etrange Rendez Vous (rue Faure Belon, en face de la bourse du travail) et Dalby (arrêt stas place Carnot), et sinon, on peut le commander là.


COUVRE-FEU n°2
Le retour du skinzine véner' et guerre de classe, avec une partie classique sous formes d'interviews de groupes (Kronstadt, Janitors, Teenage Hearts...) et une autre dans la lignée du précédent, soit un mélange bordélique à souhait de témoignages d'autonomes du début des années 80 (qui étaient autant branchés baston que des hools, mais qui avaient des excuses "politiques", eux, ahaha), de récits d'activistes de la scène punk / skin révélant leur connexion d'avec un disque ou une chanson, et d'au moins deux tonnes de chroniques skeuds, zines, livres... Et je n'oublie pas l'entretien avec Coralie de Rip It Up / Alarm uniquement axé sur la boxe, sujet dont j'ai un peu rien à secouer mais qui se révèle ici carrément intéressant ! A l'arrivée, un sacré paquet de lecture, ça part dans tous les sens (enfin, un peu plus vers l'utra-gauche, tout de même !) et on se régale bien ! Encore, encore !

 


DECONTROL R.e.s.t. diary 2021
Sous un titre emprunté à un des deux meilleurs skeuds d'un groupe de Stoke-on-Trent (il aurait aussi pu s'appeler "Sate violence, state control" quoi ! hihi), Thierry R.E.S.T. nous pond un nouveau petit zine carré sous une splendide couv' collages. Vu le titre, on pouvait s'attendre à un sommaire plutôt D-Beat, et en effet: longs entretiens avec Ansiax, Pisscharge et les copines / copains de l'émission La france Pue. On rajoute là aussi un bon quota de kroniks variées et éclectiques, suivant le cours de cette année de merde (une de plus !), avec le ton inimitable de l'artisan responsable de ces pages, et c'est parfait, quoi; que dire de plus ?  On est pas bien, là ?? (mundodrama at wanadoo point fr)

Cosmic Psychos - Sin Bin

20 juil. 2021

Une nouveauté de l'année dernière, deux vieilleries d'hier !

THE CHISEL « Come see me » 7’
Leur 45t de l'année dernière m'avait 'achement plu, mais je dois reconnaître que je trouve celui-ci un petit peu décevant. Oh bien entendu, ces angliches envoient à nouveau la purée bien comme il faut, mais chais pas, j’accroche moins. Je dirais presque qu’ils sont ici un peu rentrés dans le rang: un titre HardCore à l'ancienne, un titre Oi! (qui ressemble presque à Hard Skin ! ohoho !) , et une reprise de Criminal Damage (le groupe 80's, pas les ricains). Le son est super agressif et tout dans les mediums, et ça ressemble finalement pas mal à 272 groupes actuels qui essaient obstinément de sonner retro / early-80's... C'est bien, certes, mais je cherche un peu le soupçon de personnalité du premier EP. J'ai un peu le même soucis avec Chubby and the Gang, de la même scène / bande: leur nouveau 45t sonne comme AC/DC avec un chant HardCore, et bon, c'est pas ce qui m'avait accroché sur leur LP (et en plus le 45t en question est hyper reuch donc je l'ai pas chopé)... Je suis sans doute un peu trop méchant, là, donc je le répete : ça fait tout de même un bon petit skeud de punk, hein ! Le temps que je fasse cette kronik, The Chisel a sorti un nouveau 45t: allez savoir, il est p'têt mieux ? (La Vida es un mus)

 

THE PARTISANS « Anarchy in Alkatraz / No Future demos 80-82 » LP
Je ne pensais pas du tout qu’il existait une démo inédite des Partisans, et ben si ! Elle prend toute la face A de ce LP :  10 titres enregistrés en avril 1980 par des ados du Pays de Galle ! On s’aperçoit recta que comme de nombreux autres petits groupes punk d’alors, ils ont appris à jouer en faisant des reprises. Ils proposent donc ici seulement deux originaux mais aussi trois reprises de UK Subs, deux des Pistols, et une de Stiff Little Fingers, Buzzcocks et Cockney Rejects, respectivement. On peut dire que ça balise leur style, c’est net, et on pourrait aussi se dire que ça va être moyen-moyen… mais en fait non ! Le son est vraiment (incroyablement) excellent et leurs versions sont parfois carrément jouissives (« Cid », « Flares and slippers »), d’autres fois bancales, mais jamais toutes pourries ! Franchement, ça s’écoute avec beaucoup de plaisir, des gamins à fond d’enthousiasme pour du punk-rock viscéral, sans prétentions ou calculs. Et le truc chouette, aussi, c’est qu’on reconnaît le groupe sans aucun soucis : le chant, par exemple, tu te dis de suite « ok, c’est The Partisans, c'est certain ». La face B est occupée par la fantastique première démo de 81 pour le label No Future, six titres essentiels dont deux constitueront leur premier 45t (le classique « Police story » / « Killing machine »), puis par une deuxième démo de 82 pour le même label, trois titres bien cools qu’ils réenregistreornt pour leur deuxième EP. Clairement, ça donne un document assez exceptionnel et comme sur les autres productions de Sealed Records, le boulot est irréprochable : mastering nickel chrome et très gros livret blindé de photos, paroles, interviews et reproductions d’articles parus dans les magazines de l’époque. Juste parfait, ce livret. Complètement indispensable si la deuxième vague du punk britton vous intéresse ne serait-ce qu’un choullia. (Sealed Records)

 

 RED LIGHTS « s/t » 12’
Il y a encore quelques mois de ça, avant la sortie de cette rondelle, je ne savais même pas que Jeffrey Lee Pierce avait fait ce groupe avant le Gun Club ! Du coup, je suis bien sur le cul car certains des cinq titres ici exhumés déchirent tout ! Le père Jeffrey Lee avait alors cassé sa tirelire pour enregistrer dans un « vrai » studio, donc la « production »  est étonnement pro, même si la bande montre parfois de petits signes de vieillesse. Le confort d’écoute est tout de même assez optimum, ça ne sonne pas cheapos pour un rond, juste comme une bande oubliée et maltraitée, en fait (ou alors, c’est la faute à un mauvais pressage !). C’est marrant, dans le speach inclus dans le skeud, ça cause de « power-pop » et tout et tout, et je ne suis pas persuadé de la pertinence de cette étiquette… mais baste.  Les Red Lights ont seulement fait une poignée de concerts en 1978 (avec les Germs ou Middle Class !) et secondant Pierce, on y retrouvait au moins deux membres de The Last, le groupe power-pop de L.A., grands potes de Black Flag et dont Bomp avait sorti le premier LP.  Bon alors déjà, l’ordre des titres sur la pochette ne correspont pas à celui du vinyl, bravo les génies de In The Red… « Kisses for my president » et « Jungle book » sont deux titres de punk pop, pas si éloignés que ça de ce que fera le Gun Club circa « Miami » sur ses titres les plus mélodiques, et le chant de Pierce est déjà envoutant comme pas permis. Punaize, tu le reconnais dès la 1ere seconde, c’est fou ! Et « Kisses for my president » est vraiment une putain de grande chanson ! Elle te prend par la main et t’emmène ailleurs, directos ! Je rajoute que les parties d’orgue donne une couleur limite « Dylanesque » à ces titres, un petit aspect « Blonde on blonde » très appréciable. « Kitty » est pour trois-quart un reggae (Jeffrey Lee était un grand fan de Burning Spear et écrivait des chroniques reggae pour le zine Slash !) mais malheureusement pas un reggae super mémorable. « Debbie by the christmas tree » est une bizarrerie post-punk / pop très marrante, un peu à la Devo par moments, où il nous chante son désir d’avoir Debbie Harry sous son arbre de noël… qui pourrait ne pas en avoir envie, sans dec’ ? ? ! Enfin, « Tiger girl » est une ébauche de chanson pop 60’s vite torchée, marrante mais pas indispensable. Bref, trois titres excellents, deux juste sympas, ça fait une bonne moyenne. Pour les fans du Gun Club, il va sans dire que ce maxi est indispensable.  Et pour les autres, «qu’ils aillent se faire foutre ».  (In The Red)

16 juin 2021

SOMALILAND

 Je ne sais pas si cette intro est nécessaire, en fait tous les éléments importants sont dans l'interviou de Clément Goutelle ci dessous... Il nous présente donc la BD "Somaliland" qu'il a réalisé avec Max Lewko et Léah Touitou aux éditions Jarjille. Une BD atypique sous forme de biographie de la musicienne militante Sahra Halgan, figure de la résistance Somalilandaise.

 

 
Tu avais il y a de cela quelques années réalisé un reportage sur Sahra Halgan pour le magazine Barré, comment as-tu eu connaissance de son existence ?
En fait, tout est parti d’un dessinateur de l’équipe de Barré. Ça devait être en début d’année 2017. Il venait de croiser un ami guitariste qui lui explique jouer avec une chanteuse somalilandaise. Il me raconte l’histoire en me disant “ ça pourrait faire un bon sujet pour Barré non ? ”. Mais comme beaucoup, je n’avais pratiquement jamais entendu parler du Somaliland avant d’avoir rencontré Sahra. C’est resté dans un coin de ma tête. Et quelques mois plus tard, en préparant le numéro 7 de Barré, le dernier sorti, je suis allé la rencontrer sur Lyon, sans trop savoir ce que je pourrais en tirer. Je savais juste qu’elle avait participée à la résistance somalilandaise et chantait pour faire reconnaître l’indépendance de son pays : le Somaliland.


Dans son parcours, qu'est ce qui t'a suffisamment intéressé, interpellé, pour que tu fasses cette démarche ?
Le fait que le pays ne soit pas reconnu par la communauté internationale est déjà un fait intéressant. Qu’on en ait très peu entendu parlé en France en est un autre. Une résistante qui a soigné les blessés, chanter pour appeler à la résistance durant la guerre, puis expatriée et qui lutte aujourd’hui en chanson… en fait le sujet est pas mal quand même. Mais surtout ça collait parfaitement à la ligne éditoriale de Barré : “ Parler de tout mais surtout d’autres choses ! ”

 

 

Tu penses que l'article a eu un petit retentissement ? Des personnes t'en ont causé, ensuite ?
Pas mal de gens ont appris l’existence du Somaliland à travers cet article. Après ça reste Barré, une publication à 1 200 exemplaires et un site confidentiel. L’information n’a pas spécialement été reprise. Le “ retentissement ” comme tu dis, le terme est déjà trop fort. Ce fut limité, mais c’est toujours un petit grain de sable de plus.
Ce qui était marrant avec Barré, c’est que lorsqu’on sortait un Barré, on retrouvait très très souvent un sujet traité dans d’autres publications indé ou dans le Monde diplomatique suivant. Mais je ne crois pas que le Somaliland avec l’histoire de Sahra en fasse partie.
Sinon, dans les sujets qui avaient retenus l’attention, on avait celui sur la loi du sang en Albanie. Une association nous avait contacté pour nous dire qu’ils s’appuyaient dessus pour défendre le sort de certains Albanais invités à quitter la France. Rien que ça, c’est déjà plus que ce qu’on aurait espéré en lançant Barré !


Du coup, tu trouves pas ça un peu chelou
que ce soient des “ médias alternatifs ” qui, finalement, s’emparent de ce genre de sujets ?
Je ne sais pas. S’il y a des “ medias alternatifs ” comme tu dis, c’est bien que certains sujets ne sont pas suffisamment traités au gout de certaines personnes. Sur le Somaliland, Le Monde donne des informations quand il y a un conflit. D’autres en ont déjà parlé. Chacun son rôle peut-être.   

  
Et tiens, tant qu’on y est, ça te dit de nous exposer rapidement la situation hors-norme du Somaliland ?
C’est compliqué en quelques lignes. Je fais un résumé sommaire : suite à la dictature de Siad Barré une guerre civile éclate en 1983 en Somalie. A la fin du conflit, en 1991, le Somaliland, une région du pays, s’autoproclame indépendant. Il y a des élections, un président, un parlement, mais le pays n’est pas reconnu par la communauté internationale. Et cela dure depuis trente ans.

 

 

Comment est arrivée l'idée de transposer cette rencontre dans un autre média ? Et pourquoi la BD, spécifiquement ?
Comme souvent, c’est l'histoire d’une  rencontre. Pour défendre le magazine, on participait à des salons et fêtes du livre. A celle de Saint-Etienne, surement en 2017 encore, on s’est retrouvé à côté de Jarjille éditions. C’est une maison d’édition spécialisée dans la bd. Ils sont du coin aussi mais on ne se connaissait pas. On a échangé. Michel de Jarjille connaissait Barré et aimait bien ce qu’on faisait. Le numéro 7 venait de sortir. C’était justement celui avec Sahra Halgan. Je lui passe un numéro et lui montre l’article en question. Je lui glisse juste que ça me botterait bien de faire une adaptation bd du parcours de Sahra Halgan. Il a lu l’article et m’a dit de lui envoyer un scenario. Ça a démarré comme ça.

 
Tu avais des contacts, dans le milieu de la BD ?

Franchement, pas spécialement. Je m’y intéresse et j’avais fait quelques interviews d’auteurs que j’aime bien comme Vincent Vanoli ou Ivan Brun, mais c’est tout. Sans Michel de Jarjille, cette bd n’aurait surement jamais vu le jour !


Ben du coup, présente-nous un peu les éditions Jarjille !

Jarjille est une maison d’éditions fondée par deux Stéphanois. Il y a Michel, scénariste sous le nom d’Alep, et Serge alias Deloupy, un auteur de bd reconnu et qui dessine parfois la une de Siné. C’est une petite maison qui est top pour commencer. Ils prennent le temps, accompagnent le projet, conseillent, etc. Ils sortent des choses assez variées mais y’a plein de belles sorties ! 

 
Puisque tu en causes, tu conseillerais quoi, chez eux ?

Tracer d’Ulric est vraiment sympa. Les livres de William Augel sont bien marrants. Je conseille aussi bien sûr Sunu Gaal et Café touba de Léah Touitou. Sinon, Halfbob et Raymonde Howard viennent de sortir une bd qui l’air très très bien.

 

 

Comment s'est faite la rencontre avec les auteurs qui t'accompagnent sur ce projet, au dessin et story-board ?
Là encore, c’est Michel de Jarjille. Je lui ai envoyé mon scenario et il m’a dit “ banco ”. Je ne voyais personne pouvoir bosser dessus en particulier. C’est lui qui a trouvé le dessinateur : Max Lewko. A la base il avait proposé à Léah Touitou qui avait plein de projets à ce moment-là. Elle était intéressée mais n’avait pas le temps. Vu que c’était notre première véritable bd pour Max comme pour moi, elle nous a filé la main sur le découpage, le story-board. On a commencé à trois. Quand on a vu la plus-value qu’elle apportait, on lui a demandé d’aller au bout. Elle a accepté et c’était super parce que je suis persuadé que c’est bien mieux comme ça.

 
Mais alors, comment s’organisait le travail ? Comment se répartissaient les tâches ? C’est pas un peu galère de se retrouver à bosser à trois, justement ?
Léah bossait avec Max ou moi pour passer du scénario de base au storyboard. Elle a vraiment fait le lien. Je ne crois pas qu’il y ait une manière de fonctionner idéale. Pour nous, ça s’est fait comme ça. Ce n’était pas galère, au contraire, c’était le plus simple pour nous.

   
Le noir et blanc, c’était un choix qui s’est imposé naturellement, ou ça répondait à des considérations “ économiques ” (genre : c’est moins reuch !) ?
L’éditeur nous a proposé d’entrer dans la collection en noir et blanc. Esthétiquement ça collait bien et c’était aussi un peu plus simple pour une première bd. C’est déjà suffisamment long comme ça ! Et franchement, je trouve que ça colle super bien avec le dessin de Max Lewko. Certains ont comparé son trait à Craig Thompson, c’est dire.

 


 

Pour toi, quelles ont été les plus importantes difficultés pour passer d'un reportage de journalisme pur à un scénar de BD ?
L’article ne suffisait pas. Je suis allé à la rencontre Sahra et son groupe à plusieurs reprises pour compléter le tout. Dans la bd, on est allé beaucoup plus dans le détail. Il faut que tout coule, que tout se tienne, ni vu ni connu. Et ça c’est du boulot. En avançant, pas mal de petites questions anodines sont apparues. Heureusement, Sahra est restée très disponible. Ensuite le rythme, la narration, ça a été grandement facilité par la présence de Léah Touitou. 


Tu dis que Sahra est “ restée très disponible ” : de quelle façon a-t-elle directement influé sur le résultat final de la BD ?
Elle est surtout restée disponible pour valider certains faits, vérifier certaines informations et compléter certains trous qu’il pouvait y avoir dans l’histoire. Au fil des planches, il y avait toujours quelques questions, quelques points en suspens. 


Je sais que tu aimes Crumb, mais sinon, dans le 9eme art, ya d'autres trucs qui t'ont marqué ? Lire de la BD, c'est un truc que tu fais occasionnellement ou c'est plus que ça ?
J’aime bien ça mais je ne suis pas un inconditionnel. J’ai d’abord accroché par des classiques allant de Larcenet à Art Spigelman. Je suis aussi le travail de quelques auteurs. Ces dernières années, Fabcaro me fait marrer, mais je ne suis pas le seul. En fait, je trouve surtout que la bd est un bon media pour passer une information. Dans Barré on essayait d’ailleurs d’intégrer un article dessiné à chaque fois. 


Il y a une forme de petite “mode" de la BD historique / sociale ces derniers temps; tu penses que "Somaliland" s'inscrit dans ce courant, ou c'est une pure coïncidence ?
La revue dessinée et toutes ces bd reportages ont forcément joué. Inconsciemment, ça m’a surement permis de me dire : “ tiens c’est possible ”. Mais, on le faisait depuis le début de Barré en fait. On essayait toujours d’insérer un article dessiné. Franchement, la bd est un super media pour rendre accessible n’importe quel sujet. Par exemple, dans le premier tiers de la bd sur Sahra Halgan, il y a un passage historique et géopolitique sur la Somalie. C’est un passage obligatoire qui passe crème en bd mais si tu sors un chapitre là-dessus dans un bouquin, ça rebutera un paquet de lecteurs.  


Mais t’as pas peur que la BD soit un peu “ noyée ” dans cet océan actuel de BD “ didactiques ”, justement ?
Si et elle l’est. On a sorti la bd début septembre 2020. On a pris la décision courant aout où tout avait rouvert. Michel de Jarjille a dit “ on y va ”. On a dit “ ok ”. Quinze jours après les restrictions recommençaient. C’était mort. Les salons et festivals ont tous été annulés… Adieu Lyon, Paris, Angoulème… On a eu le nez creux ! 

 

 

Pour l’instant, tu as eu des “ retours ” sur la BD ? ça a intéressé un public plus large que celui du 9eme art, tu penses ?
Je ne sais pas trop. La période a été compliqué pour défendre le livre. Mais un lycée m’a contacté pour une intervention sur la bd Somaliland auprès des élèves. Ça c’est un public plus large… 


Il n’existe qu’un album (assez récent) de Sahra Halgan ? Elle joue toujours régulièrement ?
Oui ils ont connu comme tout le monde une année compliquée et de nombreux concerts annulés, mais ils jouent toujours. Ils font des tournées. Sahra revient du Somaliland quelques semaines avant. Ils répètent avant d’enchainer les dates. 


Et comment a-t-elle accueilli la BD ? Tu as eu son sentiment là-dessus ? Et plus largement, c’est pas un peu “ gênant ” pour elle de personnifier ainsi les luttes du Somaliland, à force ?
On lui avait présenté les planches et elle était déjà très émue. Elle nous avait dit que de voir sa vie en dessin avait quelque chose de magique. Elle était vraiment touchée d’avoir l’objet final en main. Après, je ne crois pas que ce soit gênant pour elle. C’est le combat de sa vie comme on dit.

29 mai 2021

THE CRAMPS bootlegs

 Aaah les Cramps !
Dans les années 80, quand on était petits, ils furent un de ces groupes qui nous ont tout appris. Le Clash nous renvoyait à Bo Diddley, Vince Taylor, Toots ou Bobby Fuller, Lux et Ivy nous ont de leur côté ouvert les portes des Sonics, Trashmen, Charlie Feathers, Hasil Akins et tant d'autres. C'était un peu comme recevoir une leçon d'histoire (sexy !) en matière de garage, de rockabilly, de surf-music et de rythm'n'blues ! Mais pas seulement: le 45t "Human fly" reste à ce jour un des quatre ou cinq meilleurs skeuds PUNK ricains des années 70, tout simplement... eh ouais ! Et même sans parler de top 5 ou autres, toute leur discographie jusqu'à "A date with Elvis" est intouchable. La suite est plus "contrastée", on va poliment dire, mais pas honteuse pour autant.
Une des particularités du groupe, c'est que les bootlegs les concernant ont souvent été excellents, c'est à dire de "vrais disques", pas justes des articles pour complétistes (ou pire encore, pour les collectionneurs !). Par exemple, le "Ohio demo's 79" est un skeud incroyable ! P'têt' bien le meilleur pirate sur lequel j'ai pu poser l'oreille à ce jour, et au niveau de leurs deux premiers LP. Et le double "Live at Club 57 + 9 demos", sous sa jolie pochette EC Comics, propose un bon concert mais surtout les (primitives) démos de 77 et les excellentes sessions de 79 avec Chris Speeding à la console. Je cite ces deux la car je les pense incontournables, mais il y en a une chiée d'autres très bons !
Et du coup, depuis deux ans, j'en chopé quelques uns de ces LP que je me propose de sévèrement kro-niquer ici-même !

 


"Hot Club Philadelphia nov.'77"
A tout seigneur, tout honneur, on commence par l'enregistrement le plus vieux ! Je le connaissais sous une autre pochette (dessinée) mais celle-là est chouette aussi. On le trouve assez facilement mais je ne sais pas s'il s'agit d'un repress ou de vieux stocks ressortis des cartons. En tout état de cause,  v'là un putain de bon concert des familles ! Le son est pro (enregistré pour une radio ?), juste « live » comme il faut mais parfaitement mis en boite, agressif et dynamique. Et la set-list est impeccable: tous leurs tubes de l'époque plus un titre qu'ils n'enregistreront pas (sous cette forme, en tous les cas) de façon officielle: ici, la reprise de "Rocket in my pocket" de Jimmy Loyd sur-bute !! Ah oui, ya aussi une version épurée de "Jungle hop" quatre ans avant son apparition sur leur deuxième album, et celle du "Voodoo idol" du futur même album est pas deg' non plus ! Bref, à l'arrivée c'est tout à fait le genre de bootlegs sont je parlais plus haut: son nickel, interprétation au top, même une personne ne connaissant pas leurs albums y retrouverait son compte !

 



"All aboard the drug train"
Comme pour le précédent, aucune idée de quand c'est sorti, si c'est un repress ou pas, mais on le trouve aussi facilement ces temps-ci. Clairement, je l'ai acheté car la pochette m'a doucement sussuré: "ouh ! ouh ! je suis trop belle ! tu me veux !". Elle avait raison ! Et là aussi, encore une fois, on dirait un enregistrement radio, ou sortie de table de mixage, mais le son est moins équilibré et efficace que le précédent. Bon, ça reste vraiment très propre, mais c'est aussi parsemé de petits défauts (la grosse-caisse qui rentre parfois à donf, par exemple). Petits défauts dans le jeu aussi, avec quelques pains, ce qui est très rare pour les Cramps: "Strychnine" est bien foirée, par exemple. Il s'agit d'un concert de mai 1980 à San Francisco, un des derniers avec Bryan Gregory nous dit la pochette. A l’arrivée, un super moment de early-Cramps, ptêt’ pas 100% indispensable certes, mais si vous le voyez à un prix décent, n'hésitez pas un seul instant, vous passerez un bon moment. Et je pense même que vous réécouterez ce skeud de temps en temps comme je le fais . Bon signe, non ?

 



"Trash is neat vol. 5: the band that time forgot"
Cette compile était sortie ya une dizaine d'années et je ne l'avais pas chopé. Bien m'en a pris, finalement, vu qu'elle est ressortie y'a un an et des brouettes avec trois titres en plus ! Au programme, seulement des reprises et inédits qui ne figurent pas dans leur discographie officielle.  Le truc absolument parfait pour le fan qui veut pas se coltiner douze 45t pirates ou huit LP du même bois pour avoir toutes ces chansons ! Les sources sont diverses, des concerts de 77 à 84, et la qualité de son est assez constante, donc tout baigne. Donc voilou, principalement beaucoup de reprises qui n’auront pas trouvé le chemin du studio, du « Sometimes good guys don’t wear white » des Standells au « Hungry » de Paul Revere en passant par « 5 years ahead of my time » du Third Bardo ou le « Bacon fat » d’Andre Williams. C’est super pratique car comme je le disais, ça évite de se ruiner à trouver les pirates où elles se trouvaient jusqu’alors et ça fait une bien chouette compile qu’on peut ranger sans problème auprès des disques officiels du groupe. Et attention, presque tous les titres butent ! Des « restes » de l’œuvre des Cramps qui à l’arrivée sonnent souvent plus urgents, définitifs et cruciaux que bien des « hits » d’autres groupes ; c’est dire quel fantastique groupe ça a été ! Indispensab’.

 



« Hot pearl radio broadcast »
Enregistré en 86 à Zurich, celui là c’est certain :  il a été enregistré pour les ondes FM ! Il était déjà sorti sous plusieurs noms (« Sex and Cramps and Rock’n’roll », « Do the clam »…) et là, c’est du document irréprochable en termes auditifs. Comme il s’agit de la tournée « A date with Elvis », on a pour la première fois une basse (tenue par la miss Fur Dixon) mais elle est à 90% du temps en mode fuzz, pour rappeller les guitares de Bryan Gregory et Kid Congo. Tout du long, « ça joue grave » comme disent les musicos mais comme les autres concerts de cette tournée, ça joue super vite, aussi ! Du coup, on a un petit manque de groove commun aux enregistrements live de cette période, où le groupe troque en quelque sorte son côté crade et rampant pour une efficacité frontale. Très bon concert, ceci étant, mais c’est clairement la fin d’une époque… Je sais pas, j’ai toujours trouvé que les Cramps avaient une identité beaucoup plus forte jusqu’à cette tournée mais il n’en reste pas moins que ce LP défonce bien comme il faut. Des fois, t’as envie de leur dire « oh ! pas la peine de speeder, là ! » mais c’est énergique, en revanche ! Et ça fait une alternative au bootleg officiel « RockinnreelininAuckland… ». Ce disque est sorti en deux versions : avec lettrage vert, qu’on trouve dans les distros (pas reuch) et en lettrage rose avec code-barre derrière, qu’on trouve dans presue toutes les grandes chaînes pas trop regardantes, vu l’imbroglio autour des autorisations de diffusions / pressages de documents radios ( pas complètement considérées comme des bootlegs, légalement, si j’ai bien compris).


Voilà pour ma maigre contribution, vu que des pirates du groupe sortent tous les deux mois et que j’ai pas le budget pour suivre ! Ceci dit, quelques infos en plus sur des sorties récentes :
- « God bless The Cramps » est un live à Marseille en 81 déjà sorti sous le nom « Fetischism vol. 2 ». Je ne sais pas s’ils ont utilisé les mêmes sources que la précédente édition, mais ce n’était pas un pirate essentiel du groupe, pour moi…
- le live de 1979 au Keystone Club à Palo Alto a déjà été publié sous de multiples noms : « This is pop ! », « Tales of terror », « nazibilly werwoelfen »… Moi je l’ai sous le nom « Werewoelfen after dark » et c’est un de mes live préférés du groupe, une boucherie ! Et ben vous avez de la chance, il a été réédité plusieurs fois ces dernières années sur ces nombreux labels qui s’engouffrent dans le pressage d’enregistrements réalisés par des radios… du coup vous pourrez même les trouver à des prix très corrects dans les magasins de la « grande distribution (de la kulture) », ahaha. Je vous file les noms de ces pirates (qui ne disent pas leur nom, eux !) : « Live At Keystone Palo Alto California February 1st 1979 », « Coast To Coast (Live Radio Broadcast Recordings) », « Live At The Keystone Club 1979-FM Broadcast »…

- Sur Ill Eagle Records (« Illegal records » z-avez compris la blague ? le label de leurs deux premiers LP !) est sorti un truc assez sympa. Si vous le croisez dans les bacs, vous penserez que c’est une réédition de « Songs the lord taught us » vu que c’est le titre que porte ce skeud, et que le recto de la pochette est relativement similaire au 1er Lp des Cramps, même photo mais cadrage différent… Et en fait, c’est l’album avec le mix et le tracking tel que le voulait le groupe à l’époque mais seuls quelques test-press ont été fait.  Donc ya trois titres de plus (qui avaient alors tous attéris sur des 7’, si je ne m’abuse). Ce truc là était déjà sorti sur le bootleg « Songs the lord might have taught us » il y a plus de 20 ans : un artefact sympa, mais dont le son n'était pas merveilleux non plus. Là, ils disent qu’ils ont retrouvé un test-press et pas une K7 de 3eme génération, et pour l’avoir écouté chez un pote, je peux vous dire qu’effectivement, ça sonne bien mieux que le précédent ! En fait, ça sonne comme un truc officiel, ou peu s’en faut. Le même label vient de sortir un « Psychedelic redux » consacré au 2eme LP du groupe, avec des démos et bandes de répetes, à priori… Et ils ont aussi réédité le « Rock’n’roll monster bash », un des premiers pirates des Cramps, que je n’ai jamais trouvé excellent…
- Bon, y’en a des tonnes d’autres ces 2/3 dernières années, mais aux prix généralement assez élevés, fait chier : « Performing songs of sex, love and hate » (deux concerts de 86), « M-m-m-mad daddies » (la vidéo du concert dans un hopital psy), « Born bad at the barrowland ballroom » (live en 90 à Glasgow ; belle pochette !), un split d’un concert avec les Sting Rays, etc etc ! ! ! En bref, il en sort un tous les deux / trois mois, donc je vais même pas tenter l’exhaustivité !
Bonne chasse !


A noter que la splendide illustration de milieu d’article est l’œuvre de l’excellllent Xavier, aka « Kid Subtitle » (qu’il en soit ici remercié !) et que je serais vous, je foncerais voir son site : Subtitle Artwork.




24 mai 2021

Des zines (et des 45t!)

ARTCORE n°40
Incontournable, indispensable, et je vous passe tout un tas d’autres adjectifs ! Le vieux zine anglais nous revient avec sa formule habituelle : des interviews de groupes actuels ( The Chisel, Diaz Brothers, Dealing With Damage…) et des trucs passionants sur des groupes / scènes mythiques d’hier  ( Septic Death, Jawbreaker, Iconoclast, le HardCore suédois des 80’s…). Loin des modes et de la hype, toujours avec un ton avisé et sincère et une présentation au top : un des musts du fanzinat international depuis plusieurs décennies ! Et comme souvent, ya un skeud en bonus dedans et pas n’importe quelle merde :


N.O.T.A. « Moscow » 7’
Ah mais putain de dieu ! Aaagrrghhh ! Depuis le temps que j’attendais une rééfition de ce EP légendaire !  Un des grands classiques du HardCore US daté de 1984 et jamais réédité depuis. Une pure boucherie à mi-chemin entre, disons, Poison Idea de l’époque et les trucs UK82. Franchement, ce disque est tellement bon, tellement essentiel que je ne sais quoi vous dire pour vous persuader de le choper ! Personnellement, je mets N.O.T.A. au même niveau que Jerry’s Kids, The Fix, Deep Wound ou Social Unrest du début, c’est dire comme je les aime… Supers paroles politiques, agression sonore non-stop, refrains tubesques, titres rapides ou pas mais toujours percutants : un sans faute, avec la production basique d’alors qui va bien !  Il va sans dire que 10 secondes de ce 45t défonce allègrement toute la production punk des 2 ou 3 dernières années… Bon, maintenant, qui aura la gentillesse de rééditer leur LP de 1985, hein ? hein ? (http://www.artcorefanzine.co.uk/)


BOOTS AND BOOZE
Ah ben ça, c’est marrant (et pas courant !) : un recueil de BD dédiées au culte skinhead, publié par un zine actif depuis 1987 ! Pour être plus précis, il s’agit ici de récits autobiographiques contant les débuts de la scène skin trad’ / Sharp du sud de la Californie, dans la deuxième moitié des 80’s. C’est mis en images par divers artistes, et ça va de petites histoires superbement dessinées au truc juste à peine compétant graphiquement parlant. Mais c’est très sympa, pas la Grande Histoire mais une chouette collection de petites historiettes parfois futiles, drôles ou complètement idiotes (comme la vie, quoi !). J’imagine que pour les gars de Santa Cruz ayant vécu le truc, ça doit être excellentissime ; pour les autres, restent des tranches de vie  et une lecture ma foi(e) fort appréciable, malgré une couverture très moche, il faut le dire, et un nombre de pages plutôt réduit. Et ya un 45t dedans ! :
JOHNNY PEEBUCK and the SWINGIN' UTTERS « Live at Ritchie’s new years eve party »
Faut être honnête, c’est un peu pour ce skeud que j’ai chopé ce comics… et bon, c’est pas le 45t du siècle, en définitive ! Enregistré en live à l’ancienne (avec un poste à K7, je pense), le son est assez dégueulasse, voir clairement catastrophique pour la face B. Une reprise du « Tell us the truth » de Sham en face A, une du « Sorry » des 4 Skins en face B. Les Utters étaient le groupe central de la scène tondue locale, la bande-son idéal du livre, mais le document en lui-même ne dépasse pas le stade du témoignage. Peut-être qu’une réédition de leur premier EP aurait été plus judicieuse ? Boarf, moi je l’ai déjà ce EP, donc je prends ce petit 45t inédit avec plaisir, mais pour ceux qui veulent un exemple plus pertinent des débuts des Swingin’ Utters, essayez plutôt de choper le EP « Gives you strength », donc, ou le 25cm « Scared » sorti la même année, vos oreilles vous remercieront ! (Proper Skins Comics)

TRASH TIMES n°20
Pfiuhhh, j’ai tellement de retard dans ces chroniks que le temps que je parle de ce n°, le nouveau sera p’têt sorti ! Pour celui-ci, c’est un spécial « cascadeurs », donc quasi uniquement orienté ciné, avec la blinde de trucs sur le thème en question sous une mise en page encore une fois à sa taper le cul par terre ! Parfait pour ceusses qui coinçaient sur les pubs des comics Marvel des 70’s mettant invariablement en valeur les exploits d’Evel Knievel ! En fait, le truc cool avec Trash Times, en dehors du pur plaisir visuel, c’est que même des sujets dont on est à priori peu friand deviennent intéressants. Un vrai boulot de fan. Ce n° est donc très ciné, mais on a aussi deux petites « dérivations » avec un topo sur le comics 70’s Human Fly et son « adaptation » dans le monde réel (passionnant !) et un autre un peu trop rapide sur Rat Fink et son géniteur, le talentueux Ed « Big Daddy » Roth, icône de la Kustom Kulture. Le prochain n° devrait sortir sous peu, donc, et ce sera un spécial Créatures des Marais, chic chic chic ! ( Trash Times )


DELIT NIOUSES
Thierry a décidé d’arrêter Rotten Eggs Smell Terrible, c’est nul ! Mais Thierry a  retrouvé un paquet d’enveloppes carrées et a donc décidé de sortir un zine carré ! Chouette !  Sous un petit format tout mignon, tout beau, on a droit à d’excellentes et longues intervious de Véro des Crabs (le groupe de psycho des 80’s) et de Elo de 20 Minutes de Chaos, et une autre de Toxic Waste. Farpait ! C’est pour nous foutre encore plus les boules, pour qu’on regrette encore plus R.E.S.T. ? ! ? Salaud ! Chopez moi ça.
(mundodrama at wanadoo point fr)

 


CHERI BIBI n°11
Cool, le retour du gros zine parigot ! Un sommaire à ras-bord, comme d’hab’, avec des causeries littéralement passionnantes avec les réalisateurs Costa Gavras et Roger Corman, de la zik bon-goût avec Toy Dolls, The Selecter, Wayne Kramer, Martha Reeves, etc. et une interview bavarde et excellente avec le père Dionnet (Metal Hurlant, Les Enfants Du Rock...) dont je vous conseille d'ailleurs l'autobiographie tout aussi enthousiasmante. Le (costaud) dossier sur les femmes pirates dans la culture populaire (cinéma, littérature…) a les défauts de ses qualités : quand on frôle l’exhaustif, on risque toujours un peu de perdre le lecteur, de rendre le truc un brin impersonnel. Mais je chipote. Y’a encore pleins d’autres trucs dans ces 130 pages, et ça fait une sacrée somme de lecture aux petits oignons ! (https://www.cheribibi.net/abonnements/)

BRA n°10
Eh bé dis-donc, depuis son retour inespéré, le zine Bordelais enchaîne les sans-fautes ! Ici, on a droit à une très bonne et fouillée interview de Max Romeo, l’auteur d’incontournables reggae comme « Wet dream » mais aussi « War inna Babylon », un chouette début d’historique des Blaggers (salut Tangi !), un entretien avec les Irlandais de Grit que je découvre, et encore plusieurs autres trucs. Comme dans le précédent n°, cerise sur le gâteau, on retrouve un topo sur un producteur de pif bio (j’adore !) et de nombreuses et variées chroniques. Un vrai plaisir, ce zine : bien présenté, au ton alerte et pertinent, bref j’attends le prochain avec impatience ! (
fanzinebra@hotmail.com)


 COUVRE FEU n°1
Un peu la suite du one-shot « Karl Marx a inventé le football et le rocksteady » publié il y a quelques années, voici donc un « skinzine désabusé, joyeux et chamailleur » comme ils le disent eux-même. Le sommaire bute, avec pour commencer en beauté un long et complet entretien avec Nico Pinard, skinhead « historique » depuis le début des 80’s, aux propos sans concession et aux révélations (si, si !) surprenantes. Un pan d’histoire de la skinerie / punkitude hexagonale, un truc vraiment fort ! On a aussi une interview du skinzine « haine de classe » Fils De Pute, sortie des cartons où elle était restée 20 ans ! Punaize, ça m’a donné envie de ressortir mes vieux numéros ahaha ! On rajoute des entretiens avec les zines Apatride, ChériBibi, La Faute A qui ? et plein de chroniques et je suis comblé. Le propos est toujours lutte de classe et volontaire, sans compromis ni faux-semblants, donc j’espère qu’il y aura un numéro 2 (on m’annonce que oui, cool cool cool).
(mundodrama at wanadoo point fr)

16 mai 2021

Des skeuds

 Oi! LE MORS AUX DENTS "Toujours mille raisons de gueuler" LP + CD
Ouah bah purée ! Enfin une sortie sur support noble de ce groupe mythique et mystérieux ! Je vous fais l'article rapidos: groupe Oi! d'extrême-gauche de la deuxième moitié des années 80, en provenance du Pays Basque Nord. Le groupe OVNI par excellence, tellement obscur que personne n'avait d'infos les concernant pendant des années. J'imagine d'ailleurs que comme moi, la plupart des amateurs les ont découvert avec la compile K7 "Sauvages et prolétaires", sortie dix ans après les faits ! Alors ici, on a tous les titres de la démo "Mille raisons de gueuler" de 1987 sur le CD et 17 titres de sessions différentes sur le LP. C'est en fait un tout petit peu plus compliqué que ça, mais en gros c'est branlé ainsi... c'est p'têt pas le choix que j'aurai fait d'ailleurs, mais on va pas faire les tâte-minettes, hein !  Les versions inédites du vinyl le font très bien, pas si éloignés que ça de la démo: du punk de zonard, de la Oi! violemment de gauche et quelques plans plus délibérément  rock (version prolo), voir hard-rock, avec du coup des guitares bien mieux foutues que les groupes Oi! d'alors. Comme pour la démo originale, le son n'est pas flamboyant (c'est du 4 pistes) et malgré le gros boulot de mastering, ça devrait déplaire fortement aux adeptes de productions rutilantes; nous, on s'en fout, l'intérêt est ailleurs. Ils avaient un talent de ouf pour pondre de vrais bons tubes: "L'esprit Reject", "Skinheads", "Le plus grand merdier de Biarritz", "Baston urbaine"... des refrains mémorables, de bons riffs, une énergie sincère et des paroles qui font mouche. Terrible !! Le seul truc gênant pour moi, c'est que la version de "Les laisseront nous continuer ?" sur le CD n'a pas les super chœurs que j'adorais sur le refrain ("Karl Marx a dit, prolétaires de tous pays, unissez vous !, oi! unissons nous !" aaaahhhh !!!) mais d'autres moins percutants, la version semble d'ailleurs différente ?... mais je pinaille. En tout état de cause, un super document et un chouette objet: le label a rajouté deux affichettes, un sticker, un insert avec les paroles + une copie de l'excellent article les concernant tiré du zine BRA n°9 pour un package au poil, à l'arrivée ! Faîtes gaffe quand même, si vous prenez la version LP "simple" (sans le CD), vous n'aurez pas la démo de 87 seulement présente sur le CD et ce serait dommage: elle reste un ton au dessus, pour moi, malgré les qualités des sessions inédites. Jetez vous dessus, ça enterre plein de groupes frônçés légendaires de la même époque (et je vous parle même pas de ceux de maintenant, ahaha !). (Rusty Knife)

 


MOVING TARGETS "Humbucker" LP
Le retour des Moving Targets, ça avait été une super surprise et leur album de come-back une vraie réussite (il est kro-niké quelque part dans ces pages). Ils remettent le couvert à peine un an après et je ne peux nier une petite déception... C’est loin d’être affreux, hein, faut pas exagérer non plus, mais bon. Déjà, l'album est trop long: 15 titres, dont plusieurs où l'on sent que les choses n'étaient pas encore à maturité. Pas du "remplissage" bête et méchant, non non, mais des chansons encore perfectibles, encore un peu bancales... Et puis, plus globalement, on les trouve ici dans un registre trop souvent mid-tempo, encore plus Lemonheads que sur le précédent. Ce n'est pas un défaut en soi, mais c'est pas sur cet exercice que je les préfère, sincèrement. Voilà quoi: too much, too soon ? Finalement, ça ne donne pas non plus un mauvais album, loin s'en faut, mais c'est tout de même un peu éloigné de leurs plus hauts standards. Une fois tout ça évacué, je dois reconnaître que la mélodie de refrain de « Believer » est stellaire (Hüskers style !), que le riff de « Apart » est totalement imparable et que 3 ou 4 autres chansons ici présentes me squattent le cerveau depuis plusieurs mois. Rien n'est simple, ma pôv' dame, avec ce temps, on sait même plus comment s'habiller ! (Boss tuneage)

 


MOVING TARGETS / THE SWIPES "World gone mad" 25cm
A priori, il n'y a pas que moi qui a été ravi du retour des Moving Targets: les Allemands de The Swipes leur ont directe demandé de faire un 10" split avec eux ! On a donc 4 titres du groupe de Boston, une démo de l'excellent LP "Wires" de 2019, et 3 autres démos / alternate du dernier LP. Le son est cool, l'interprétation au poil et vu que les chansons choisies sont terribles, eh ben ça fait une petite face bien bien sympatoche ! En fait, ça aurait fait un très bon EP, presque plus concluant que le dernier LP j'ai envie de dire ! The Swipes ont eux aussi 4 titres, dont une reprise de Moving Targets. Je ne connaissais pas ce groupe et c'est plutôt sympa, punk rock moderne au style plutôt indéfini. Il y a un titre qui fait un peu Leatherface, un autre que j'aime pas du tout, mais dans l'ensemble l'écoute est assez agréable. Voili voilou, peut-être pas de quoi se réveiller la nuit, mais certainement pas de quoi regretter l'investissement de ses 12 balles ! (Mad Butcher)

 


FRANKIE STUBBS « Blood orange moon » 7’EP
Premier skeud du Franky depuis le split du Boat et la mort de Dickie Hammond, un disque attendu, donc. Faut dire que la fin définitive de Leatherface nous a privé d'un des derniers groupes punk MAJEURS... Et ben encore une fois, je suis (un chouilla) déçu... Bon, l’enregistrement est assez cheapos ce qui n’est pas très important vu que le père Stubbs nous la joue « seul tout avec une gratte acoustique ». Par contre, même dans cette configuration roots, je ne trouve pas le « travail de production » super exceptionnel… 4 titres au programme, dont une version de « Shipyards » de Leatherface (tirée de « The last », en 1994 !). « Blood orange moon » est une belle chanson, on reconnaît bien sur immédiatement la patte (la voix !) du bonhomme et ya un chouette travail de guitare, « Jimmy Jesus » le fait carrément aussi, elle aurait pu figurer sur le dernier Leatherface sans soucis, dans une version électrique bien entendu et pas folk comme ici. Pour l’autre face, catastrophe : ma copie doit avoir un problème de pressage, ça tourne de façon irrégulière, bref c’est à peu près inécoutable, argghhh ! ! ! Je suis verni, tiens. Et puis merde, faut un peu arrêter avec ces histroires de 45t à 8, 10, voir 12 euros (et ces LP à 17, 18 ou 20 balles !). Heureusement pour moi, une distro locale en avait chopé à un tarif acceptable, mais quand tu vois à combien se chope ce 45t un peu partout, c’est délirant ! Et les excuses servant à justifier cette inflation démesurée, j’en ai un peu rien à battre, serieux. En 5 ans on dirait que le prix des skeuds « soit-disant punk » a augmenté de 30 à 50%, mais mon salaire a pas évolué de la même façon, lui, hé !  Et je crois pas être le seul dans ce cas ! En plus, dans ces conditions, pourquoi veux-tu que j’achète un 33t punk à 16 ou 18 balles alors que je peux choper une réédition LP de classiques rythm’n’blues ou rockabilly des 50’s pour une somme bien inférieure ? Niveau concurrence (puisqu’on parle de bizz, après tout) il y a vraiment peu de chance pour que la rondelle ponk soit à moitié aussi bonne que le skeud d’il y a 65 ans ! Enfin voilà, désormais faudrait p’têt éviter de venir se la raconter avec des fables comme quoi le « D-I-Y nianiania », le « punk anti-business nieu-nieu-nieu »… dans ce domaine aussi, la « scène punk » ne propose vraiment plus quelque chose de singulier, ne se démarque plus concrètement du grand cirque de la « société du spectacle / rock music ».  (Little Rocket records)

 


NABAT "1981 Laida Bologna demo" LP
Ah ben ça alors, celle la je l'avais pas vu venir ! La première (?) démo de la légende Italienne avant le virage purement skinhead, quand ils avaient encore des cheveux ! Le son est rude, basique, avec une batterie genre barils de lessive et des grattes tronçonneuses, mais ça le fait plutôt pas mal pour un document aussi vieux. On retrouve certains tubes ("Laida Bologna", "Asociale Oi!", "Nichilistaggio") dans des versions encore frustes, mais aussi plein d'inédits jamais enregistrés ensuite, youpi ! Franchement, malgré l'aspect forcément "primitif" de cet enregistrement, on retrouve bien le groupe et je ne vois pas comment un fan peut passer à côté de ce skeud. Pour un béotien, mieux vaut se tourner vers leur incontournable deuxième EP, bien entendu, ici c'est pas non plus l'album du siècle.  Le truc marrant, c'est que ça joue en fait moins vite que sur leurs deux premiers EP, moins HardCore, et ça sonnerait presque plus Oi! que les EP finalement (un comble !); et beaucoup plus punk-rock, ça c'est certain. En tous les cas, tu fous n'importe quel titre sur une Killed By Death et il y trouve sa place sans aucun problème. Moi, je me régale bien comme il faut. (Puke'n'vomit records)



JOE STRUMMER "Assembly" 2LP
Une nouvelle compile seulement deux ans et des brouettes après le (très bon) coffret "Strummer 001" ? Ben ouais ! On était en droit de s'attendre à un coffret "002" et en fait non... Va comprendre. Ce double LP sort en tous cas sur le label de feu-George Harrison (?) et je me le suis fait offrir pour mon anniv' vu qu'il est sorti quelques jours avant. Premier point: je suis assez fan de la pochette et du packaging, sobre et classe à la fois. Deuxième point: 11 titres de la période Mescaleros, 1 du LP "Earthquake weather", "Love kills" de la BO de Sid and Nancy, deux live inédits sympas et une version acoustique excellente (et inédite) de "Junco partner". Pas de quoi se relever la nuit, à priori, pas grand chose qui doit attirer le fan déjà bien pourvu... Mais mais mais, le son est juste MORTEL ! J'en ai un peu rien à branler des "re-mastering" vu qu'en général, je peine à capter la moindre différence, mais là, ça bute ! Pour le fun, essayez de comparer la version de "Love kills" sur le coffret "001" et celle sur ce double-LP: le jour et la nuit. Le son est chaleureux, ample, dynamique,  puissant et équilibré. Le pressage est pas dégueu non plus: pas de plan "le vinyl craque au bout de 3 écoutes", comme 95% des vinyls de nos jours... En fait, on dirait un disque des années 70 / début 80. Un putain de gros panard d'écoute, sans déconner. Du coup, ça permet d'apprécier encore plus une sélection excellente, de redécouvrir des titres, et d'accepter une évidence: Strummer était vraiment au dessus de la mêlée, putain. Tellement plus haut. Bref même si je connaissais les titres par coeur, c'est certainement ce que j'ai le plus écouté ces deux derniers mois. C'est pas du punk, par contre, pour les intégristes de passage... en fait, c'est bien mieux. (Dark Horse records)



JOEY RAMONE « A closer look » LP
Depuis sa mort, deux (excellents) albums de sessions inédites sont sorties de façon officielle, mais rien depuis au moins 9 ans. Donc ce petit bootleg fait bien plaisir. C’est en fait une compile de titres figurant sur des 45t et compilations, où le Joey est souvent en duo (avec Debbie Harry, Helen Love, Holly and the Italians…) ou fait un featuring sur le skeud d’un autre groupe (Youth Gone Mad, Furious George…). On y retrouve aussi  2 des 3 titres du 45t qu’il avait sorti avec son (vrai) frère sur Alternative Tentacles en 94 (« Sibling rivalry ») et une démo de « End of the century ».  Tout mis bout à bout, ça s’écoute avec grand plaisir, 90% des titres ont un son nickel, certaines chansons sont des tueries, d’autres juste rigolotes, mais c’est cool, j’écoute ce 33t régulièrement. Parce qu’il faut bien l’avouer : personne (mais PERSONNE !) n’avait une voix comme celle de Joey Ramone ! Si vous n’avez pas eu votre dose de Ramones inédit récemment, chopez moi ça ! (Deaf Youth Industries)


7 mai 2021

punk vigilant

 « ARRACHE TES PATCHS ET ACHÈTE-TOI UN KÉPI »


La scène punk n’a rien à envier à toutes les autres scènes musicales. Elle a ses labels faiseurs de rois, ses têtes de gondole, ses groupes à la mode qui hier jouaient du free jazz et qui demain se trémousseront sur du zouk-electro-indus. Là ou la scène punk tire indéniablement son épingle du jeu, c’est dans les divisions, les sub-divisions de styles de zic et/ou de modes de vie.

Nous nous retrouvons par exemple avec celles et ceux qui se sentent oppressé-e-s par les jetons de caddy. Ou les personnes pro-chiotte sèche (qu’on appelle aussi les True-Raw-Chiotte-Sèche) qui n’utilisent pas que la sciure de bois pour recouvrir leur merde, mais aussi pour se torcher. Par opposition aux True-Raw-Chiotte-Sèche, nous avons les Flexi-Chiotte-Sèche qui eux revendiquent leur droit d’utiliser du PQ. Les deux clans se mènent une guerre sans merci depuis des années…
Il existe aussi les Écolo-Pizzaiolo-Solaris qui cuisent leur pizza au soleil, les Végano-Saucissono-Altruiste qui ne peuvent pas se passer de saucisson, mais qui en toute circonstance couperont toujours des rondelles pour les autres. Je m’arrête là, mais pour vous donner un ordre d’idée on décompte environ six cents collectifs pour un peu moins de personnes.
Il est rare, mais c’est déjà arrivé, que deux collectifs se réunissent et mélangent leurs pratiques pour ne former plus qu’un. C’est ainsi que les True-Raw-Chiotte-Sèche se sont installés chez les Écolo-Pizzaiolo-Solaris. Les Raw-Chiotte-Pizzaiolo étaient nés : on met de la sciure sur les pizzas avant de se torcher avec.

« T’AS FORCEMENT FAIT UN TRUC QUI FINIT EN ISME »


Dernièrement nous avons fait jouer un groupe qui se foutait totalement du fait que la salle soit équipée d’électricité ou non. Ils et elles sont arrivé-e-s à vélo et sans matos. Le guitariste se sentait oppressé par les cordes de guitare du coup il n’en jouait pas. La batteuse refusait de jouer de la batterie parce que c’est un instrument élitiste : les manchots et les unijambistes peuvent difficilement en jouer. Par solidarité avec le guitariste, le chanteur qui devait utiliser ses cordes vocales ne chantait pas. Bref, un groupe soudé qui ne s’est pas démonté et qui a grimpé sur scène pour rester debout à nous fixer bizarrement comme si tout cela était de notre faute. Pour détendre un peu l’ambiance, je leur ai proposé de descendre de scène et qu’on se fasse des crêpes à la cool tous ensemble. Le groupe a refusé prétextant que cette activité était élitiste par rapport à celles et ceux à qui il manquait un membre. Un an s’est écoulé depuis la venue de ce groupe. Un an qu’ils sont là et qu’ils refusent de bouger à cause d’une malheureuse réflexion que je leur ai faite. Le soir du concert, je n’ai pas pu m’empêcher de leur faire remarquer qu’ils et elles étaient venu-e-s à vélo et que c’est un moyen de transport difficilement accessible pour les unijambistes.

Que tu attendes depuis trois ans que ta pizza gratine au soleil, que tu marches en pas chassé à cause de la sciure qui a transformé ton cul en véritable fournaise, que tu te sentes oppressé par les chaussons au pommes, bref, au-delà de toutes ces conneries, euh, pardon, je voulais dire différences, nous allons quand même toutes et tous dans le même sens… Nous avons la haine du racisme, du fascisme, de l’homophobie, du validisme et encore plein de trucs qui finissent en isme (l’autre jour j’ai vu un flyer de concert ou y avait tellement de pratiques interdites qui finissaient en isme qu’on voyait à peine le lieu et les noms des groupes). Qu’on le veuille ou non, personne n’est parfait et y aura toujours quelqu’un pour te montrer du doigt et t’accuser d’un truc qui fini en ISME. Restons tolérants et faisons gaffe de ne pas rejeter l’autre parce qu’il utilise son four pour cuire une pizza…

 «MATOS DE HIPPIE ET SARDOU ROI DES PUNK »


Concernant la musique, le punk a là aussi autant de zicos que de sous-genres. Le crust, le neo-crust dit aussi le crust gel douche, le punk rock, l’emo punk, le proto-punk, le post-punk, le garage punk, le cabanon punk dit aussi punk acoustique, etc.
Les punks à chiens ne peuvent pas blairer les crusties qu’ils jugent trop politiques et chiants. Les psychos tapent sur tout le monde si tu oses parler de leur « banane » au lieu de dire « flat top ». Les gothiques en veulent au hardcoreux parce qu’ils balancent aux corbeaux des miettes de pain non bio et avec du gluten. Il existe quand même une convergence concernant les emos que presque tout le monde déteste.

La mode est au punk rock oi! chanté en français avec un son clair à la guitare. Pour faire fuir un vampire, on brandit devant sa gueule un crucifix, et ben aujourd’hui pour faire fuir un punk il suffit de lui secouer une pédale disto sous le nez. S’il avait eu 35 ans de moins, Jean-Jacques Goldmann aurait pu sortir un disque chez le label La Vida Es Mus avec cette description : « French DIY fastcore for fans of Mariah Carrey or Mat Pokora. » Les labels se tirent la bourre pour choper le dernier groupe à la mode qui n’a fait que deux répètes, mais qui a un look d’enfer et qui a construit son matos avec du quinoa de récup’ et de la véganaise trop dosée en estragon.

« PUIS-JE VOUS AIDER À MIEUX CONSOMMER ? »


Je ne sais pas si tu as entendu parler des sneakers LIDL. Le magasin discount a lancé une collection de baskets dégueulasses aux couleurs du magasin. 10 balles la paire et honnêtement ça ne vaut pas plus. Des centaines de mètres de queue, des gens qui se tapent sur la gueule, et tout ça pour choper des pompes de merde. Les chaussures ont été sold out en une heure et revendues sur Internet vingt ou trente fois leur prix. Cette logique consumériste absurde existe-t-elle dans le punk ? Certains répondront NON tout en achetant un disque de Chaos UK 150 balles sur Discogs. D’autres te répondront aussi par la négative tout en calculant la pseudo valeur financière d’un groupe avant de sortir leur galette… Sans déconner, je ne serais même pas étonné si j’apprenais qu’un groupe punk avait écrit une chanson qui parle de leur crainte du retour de l’ISF. Bref, tout ça n’est vraiment pas grave et je n’ai aucun problème avec ces pratiques à partir du moment où on arrête de se raconter des histoires… Celle d’une scène tragico-politico-comique qui ne crée plus que des alternatives bidons pour se sentir encore un peu hors système.


    José, mais je préfère que tu m’appelles « éclatante fleur de tulipe à la rosée du matin ».



Naked Raygun - Living In The Good Times

21 juil. 2020

Summer fun !

Comme le chantaient les Barracudas !



THE CHISEL "Deconstructive surgery" 7'
Wahou, c'est du féroce ! Faut croire qu'avec toutes les merdes qui leur tombent sur le dos, les angliches sont sévèrement remontés, ces temps-ci ! Comme le dit leur label, ces gars mélangent allègrement le HardCore au punk UK82 avec un soupçon de Oi!, et du coup, bien entendu, ça fait un peu penser à Negative Approach. En fait, les titres rapides m'ont aussi rappelés N.O.T.A. et les plus lents ne sont pas si éloignés que ça des meilleurs groupes Oi! du début. Vous l'avez compris, ça tabasse tout du long, c'est chanmé et agressif avec un son juste crade sur les bords comme il faut. Les paroles sont du même tonneau, ça cause de bastons, d'oppression de classe et de leur ville (Blackpool, si j'ai bien compris ?). Very good, indeed ! Le genre de skeud idéal pour quand on a un petit coup de mou: ça requinque ! Et comme en plus les chansons sont bonnes et que ça ressemble pas non plus comme deux gouttes d'eau à des vieux groupes (même si j'en ai cité pour baliser un peu les choses), ben ça donne un EP 5 titres qui déchire bien comme il faut, carrément le haut de la poubelle punk actuelle. 'Nuff said. (La Vida es un Mus)



HARD SKIN « South east enders » 12'
Il y a un truc de certain : la conception des pochettes de Hard Skin, ça demande pas un budget de taré ! C'est les mêmes depuis 25 ans ! Et niveau zik, c'est un peu le même topo, vu qu'on ne change pas une équipe qui gagne, vous devriez le savoir. On retrouve donc grosso-merdo l'habituel détournement assumé du modèle « Cockney Rejects 1980 » avec ça et là des éléments du Sham 69 des débuts. Sur les six titres ici présents, ils se sont moins lâchés sur des plans à gros riffs r'n'r directement inspirés des Professionals ou de Thin Lizzy comme sur les 2/3 skeuds précédents et on a plutôt une optique glam / Cock Sparrer sur une paire de chansons, en fait. Et il y a aussi un ou deux titres basiquement punk de rue à la Ejected, si je puis dire. Comme quoi, en définitive ça a un peu changé, ils veulent me faire mentir ?! En tous les cas ils ont toujours ce talent évident pour nous pondre de grosses décharges de Oi ! aux refrains imparables et c'est tout ce qu'on leur demande ! Comme je le dis toujours, ils sont plus drôles que les groupes Oi ! sérieux, mais écrivent aussi de bien meilleures chansons, un comble ! C'est sans doute pas leur meilleur disque (pour ça, « Same meat, different gravy » reste en pole-position) mais c'est du solide, le genre de rondelle idéale pour combattre la morosité ambiante. (JT Classics)



KIAL? « s/t » 7'
Je suis vraiment pas très calé lorsqu'il s'agit de décrire ce genre de punk-HardCore et complètement à la benne s'il s'agit de vous trouver l'étiquette qui va bien… Bref, ça vient de bretagne, ya au moins un membre de Bakounine dedans et d'autres gars qui jouent dans je-sais-plus-quels groupes ; et ça envoie le bois, nomdidiou ! Chais pas, c'est du D-Beat ? En tous les cas ça va vite vite vite, ça braille tout ce que ça sait, ya des riffs qui te pilonnent la face et une prod' bien rugueuse super adaptée au format. T'as pas eu le temps d'y faire gaffe que les six titres sont déjà finis ! Très convaincant de bout en bout, avec une rage non feinte qui transcende le tout. Et puis purée, même si les paroles sont en espagnole (je comprends rien au sponge), ya des petites explications en françé et je partage plus qu'un peu les sentiments exprimés : « Les gouvernements et les états s'efforcent de nous assassiner et de nous diviser entre gens précaires. Les petit-bourgeois conformistes aux discours stéréotypés qui essaient de diviser la scène ne sont que des larbins du gouvernement. Guerre sociale ! ». Yeaaaahhhhhh. Chopez moi ça. (Kial?)



THE TIMES « Red with purple flashes » 7'
The Times, c'était le groupe à Ed Ball, ex-O'Levels et aussi membre des Televison Personalities, pour résumer deux des premiers groupes punk à avoir développé un son et une esthétique radicalement DIY, bricolée et pop à la fin des années 70. Là c'est leur premier 45t de 1981 et je suis super content de cette réédition vu que je ne connaissais que leurs albums de la fin de la décennie (qui sont un peu trop « pop légère » à mon goût). « Red with purple flashes », avec son titre emprunté à un slogan de The Creation, est une chanson fantastique. Un pur tube de pop vitaminée, empruntant largement à The Jam, avec un chant qui peut rappeler les Buzzcocks. Sans rire, ça snap, ça crackle, ça pop ! Oubliez tous vos trucs de power-pop poussive, v'là le vrai truc ! Impossible d'y résister. La face B, je m'attendais à une reprise de The Creation (encore!) vu qu'elle s'appelle « Biff ! bang !pow !», le titre d'un des hits de ces légendaires Mods anglais 60's amateurs de pop-art et de distorsion… et ben pas du tout, c'est un original ! Et excellent avec ça, reprenant le style de l'autre face avec un rythme « soul-punk » directement pompé sur un titre du groupe à Paul Weller. Z-êtaient tout de même chelou, c'est comme si un groupe fan de Clash appelait un de ses titres « London calling », en fait !?! Passé cet étonnement, ce 45t est juste parfait, juste jouissif, juste indispensable. (Static Shock records)



NEWTOWN NEUROTICS « Kick out ! » LP
Nom de naïte ! Une compile des 45t des Neurotics ! Bon, œuf corse, c'est pas la première… et bien entendu, je dois déjà avoir tous ces morceaux en vinyl, à deux titres près, et tous en CD d'façons… (que je suis con!). Mais mais mais, ça vaut super le coup tout de même vu que ce disque sort en parallèle d'un film les concernant et surtout que c'est sur Sealed Records. Du coup, vu le label, ya un super et épais livret format 33t dedans dont j'ai envie de dire qu'il vaut l'achat à lui tout seul (enfin, au moins pour les fans du groupe comme moi, ça tombe bien!). Et du coup, le mastering est super et le son aux petits oignons, bien supérieur aux skeuds de la même période réédités ces derniers temps par nombre de labels spécialisés dans les repress qui s'emmerdent beaucoup moins la vie. Donc les Newtown Neurotics : un trio de fanatiques des Ramones qui se sont appliqués pendant quasi 10 ans à produire un punk rock mélodique sur fond d'excellentes paroles à la fois politiques et personnelles, un des grands groupes du punk anglais de la 1ere moitié des 80's pour moi. Ici, ça reprend les six premiers 45t du groupe, de 79 à 84 (et un titre de compile), et paye tes classiques : « When the oil runs out », « Kick out the tories », « Mindless violence », « Suzi is a heartbreaker », etc ! Ils avaient une qualité d'écriture bien au dessus de la moyenne et une capacité assez incroyable à proposer un truc complètement unique. De l'indispensable, tout simplement. Un groupe loin des clichés du punk, qui mettait ses convictions concrètement en oeuvre (la praxis, les gars!) en jouant non-stop en soutien à des grèves et autres mouvements sociaux. Je les ai découvert à 15 ans, au milieu des 80's, avec « Kick out the tories » et ils ne m'ont jamais quitté depuis. Et les paroles de cette chanson sont toujours d'actualité, putain ! « Virons la droite » !! Si vous ne devez acheter qu'un seul skeud punk cette année, ça mériterait bien d'être celui la. (Sealed Records)



COMPLETE CONTROL « Bricks blood'n'guts (in 1985) » LP
Cool que ce skeud soit réédité parce que l'original, sorti en 1985 sur Oi ! Records, je l'ai jamais jamais jamais vu ! En fait, je ne connaissais que leurs deux morceaux sympas sur la compile « This is Oi ! », ça fait pas lourd. Complete Control, c'était un groupe de hooligans Gallois avec Bilko, ex-Anti-Social Workers (un LP produit par Mad Professor !!) et futur Blaggers, et Matty, futur Blaggers aussi, qui avait alors "Lacoste" comme surnom vu que c'était une marque prisée dans les tribunes d'outre-manche en ces temps là. En définitive, un des très rares groupes « punk » à avoir épousé la culture « casual » alors hégémonique dans les stades anglais : faut pas se leurrer, les groupes de skins avaient beau tous pondre une « chanson de foot », dès 1982-83 c'est pas eux qui régnaient dans les stades mais bien les casuals, hein. Donc je savais pas trop où je mettais les pieds et c'est pas mal, pas mal. On est tout de même loin de l'excellence du premier LP des Blaggers (« On yer toez » aussi publié par Oi ! Records, mais quatre ans plus tard), principalement en raison d'une production timide, ou d'une absence de production, plutôt. Le disque sonne terriblement comme une démo : la prise de son n'est pas mauvaise, c'est juste que le mix est tout pourri, trop neutre, sans relief… dommage. On peut aussi dire que Matty n'avait pas encore atteint son rythme de croisière : son chant est parfois emprunté, souvent en retrait, bref on est encore loin de la gniaque et de la concision dont il fera preuve quelques années plus tard. Le tableau que je vous dresse ici est un peu sombre car en définitive, ce n'est pas un mauvais skeud : ya de chouettes refrains, des lignes de basses qui tuent, et finalement (presque) tout ce qu'il faut pour faire un bon disque de punk. Mais la comparaison avec le LP des Blaggers joue pas en sa faveur, c'est certain. Pour les completistes en matière de Oi ! et les fans ultras des Blaggers, c'est donc un super document, mais ça n'est pas indispensable pour les autres. (Mad Butcher)



ANTHRAX « They've got it all wrong » 7'
Ahah non, il ne s'agit pas du groupe metal ricain mais d'un groupe anarcho-punk anglais du début des années 80 ! Là il s'agit de la réédition de leur premier 45t sorti en 1983, juste avant un autre publié sur Crass Records. Les quatre titres sont vraiment excellent, dans un style pas très éloigné de Conflict et de la frange la plus rapide de l'anarcho-punk mais néanmoins traversé de fulgurances mélodiques qui les rapprochent un peu d'Omega Tribe, ou presque. Sans déconner, c'est vraiment vraiment bonnard, du punk sincère joué par des ados véners, avec de bonnes paroles et une super pochette ! La chanson « Got it all wrong » est juste un grrroooos tube des familles, le truc totalement imparable. Un petit classique en bonne et due forme. Classique oublié, certes, mais classique tout de même ! Ce qui serait bien, c'est que le 2eme EP soit réédité aussi mais vu le prix des rééditions de Crass (22 euros le lp ! « pay no more than... » et tout ça, c'est du passé, hein!), je sais pas si je pourrais me l'offrir ahaha ! (Mad Butcher)


B.R.A. n°9
Purée, j'étais certain que ce skin-zine bordelais n'existait plus depuis au moins 10 ans ! Bah je m'a trompé, comme on dit aha. Alors le truc surprenant pour un zine de rasés, c'est qu'on a droit à des trucs qui sortent un peu du chemin sur-balisé habituel : une interview de Los Mirlos, un groupe de Cumbia, ou une autre du vigneron punk qui produit les vins « Les sabots d'Hélène ». Excellent et passionnant !! On a aussi les trucs obligés, avec œuf corse du reggae : interview de John Holt, malheureusement ici dans la tradition des vieux artistes jama bien egocentrés, et œuf corse aussi de la Oi ! avec The Unborn, groupe rital à donf' dans un concept films d'horreur, une interview bien cool qui m'a donné envie de les écouter, pour tout dire. C'est le but, non ? Et le plat de résistance : un dossier sur Le Mors Aux Dents. C'est la raison pour laquelle j'ai récup' le zine, honnêtement, et c'est super bien, on en apprend enfin un peu plus sur ce mythique et énigmatique groupe Oi ! de la fin des années 80 qui avait pour singularités le fait d'être d'extrême-gauche et du pays basque nord (ça chante en français, quoi!). Le tout est bien présenté et rédigé dans un bon esprit, donc une super bonne surprise ! ( fanzinebra et hotmail point com)