3 avr. 2022

Un hiver sans fin...

 

ANGRY SILENCE "Strange times call for strange measures" CD
Ah cool, enfin un truc qui change un peu dans la scène DIY hexagonale ! Pour une fois, un groupe de la scène radicale joue... de la pop ! Oué oué.  Pas de la cold-wave, ni une reproduction à l'identique d'un obscur groupe de Oi! / anarcho-punk / D-beat Finlandais des années 80 (au choix) ! De la pop, donc, ou plutôt un rock indé mélodik et mâtiné de punk-rock, super agréable et bien branlé, avec des ambiances vraiment prenantes. Et puis de chouettes guitares ouvragées qui me font penser à Teenage Fan Club sur certains titres, tiens.  A part cette référence, je ne les rapprocherais pas spécialement d'un groupe ni d'un courant précis. En fait, le truc cool, c'est justement cette singularité de ton, ce côté "ah ben je ne connaissais pas ce groupe", héhéhé. Tout est équilibré et dynamique pour de bien bonnes chansons, et il y a ici un côté addictif évident: t'as fini d'écouter le skeud, tu te le remets direct' sans problèmes ! Je regrette juste que le chant reste, lui, parfois un peu trop dans un plan punk / scandé (j'aurais préféré plus de mélodie !), mais ça roule peinardos. Ils ont eu la bonne idée de reprendre le "Dark end of the street" de Dan Penn (génie discret de la Soul sudiste), chanson popularisée par James Carr à la fin des sixties: rien ke pour ça, je leur tire mon chapeau bien bas ! Ah oui, y'a aussi un excellent instrumental totalement tubesque et faut pas que j'oublie de dire que ce skeud est aussi sorti en vinyl (faut que je le chope !). (angrysilence at riseup point net)

 


KIAL? "Gen de violencia" K7
Après leur très cool EP d'il y a deux ans, le retour de ces bretons (avec du Colombien dedans !) avec une jolie K7 (jaune) de douze titres. Ça a été enregistré en trois heures sur un 4 pistes à K7, et franchement, faut le savoir parce que ça déboite ! Et ça ne sonne pas du tout lo-fi, non non ! Donc: du HardCore / D-Beat super rapide, super furelard avec une voix super hurlée mais pas caricaturale, qui me rappel à la fois plein de trucs et d'un autre côté, je n'arrive pas à les mettre dans une case "influencés par...". Plutôt bon signe, je trouve, non ? Grosse patate de bout en bout, avec des breaks de guitares genre tronçonneuse qui te vrille les oreilles: en terme de son pur agress', ces grattes me font penser à certains trucs des Hüskers du début, c'est marrant. En tous les cas, cet enregistrement donne envie de sauter de partout en crachant sa rage, et ouais mon p'tit pote. Et encore une fois chez eux, les paroles font (plus) que le taf et balancent des coups de griffes aux capitalos, aux anars moralistes, au contrôle social et aux neutres apathiques. Excellent ! Pour ceusses que seules les galettes (saucisses !) de pétrole intéressent avant tout, l'enregistrement devrait sortir en vinyl cet été, au fait. Kial?

 


ERRATUM"s/t" LP
Premier album des copines et copains de sainté, qui ont toutes et tous fait pleiiinnn de groupes avant ça. Première chose: la pochette dessinée par Lashka est juste à tomber à la renverse ! C'est absolument splendide, j'aurais acheté ce skeud rien que pour ça, en étant honnête ! Vraiment à voir, sérieux. Pour le contenu, on a droit à du crust-core moderne, mais comme je suis pas très calé dans le genre, je suis un peu embêté et tout à fait incapable de mieux vous résumer leur style. Les structures de chansons et riffs de guitares sont complètement metal plus que punk-rock (ça me fait penser à Iron Maiden, me demandez pas pourquoi !?) mais l'interprétation est super véner et demeure donc tout de même punk . Y'a une alternance de chants qui le fait bien (mixés un peu en retrait, je trouve !) pour de bonnes paroles de colère contre ce monde qui n'en finit plus d'être tout pourri. Chouette insert + bon petit livret avec des traductions en plusieurs langues: impecc'. Ah oui, à noter qu'en ces temps où ça ne gêne pas trop des groupes de l'underground de dégainer leur Lp à 20 balles ou plus (!!), eux vendent le leur entre 7 et 9 euros ! La classe, franchement. Féloches, punaize ! Erratum

 

  

RUDIMENTARY PENI "Death church" LP
Ce groupe, je suis toujours passé à côté. Je me souviens vaguement avoir écouté un de leurs 45t chez quelqu’un dans les années 80, et c’est tout… Donc cette réédition de leur premier album de 1983 tombe à pic ! Surtout quand on voit les prix des originaux, ahaha. Comme toujours avec Sealed Records, boulot au top : ils ont reproduit la pochette poster « à la Crass » à l’identique, j’imagine, et c’est superbe, avec ces dessins si particuliers qui ornaient toutes leurs pochettes (c’était sorti à l’époque sur Corpus Christi, le sous-label de Crass Records, d’ailleurs). Niveau zik, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et je comprends maintenant la fascination qu’ils exercent depuis sur tout un tas de groupes anarcho-punk du monde entier. Un punk-rock très sombre, parfois complexe, parfois rapide, étonnement moderne ; sur plusieurs morceaux ça me fait bizarrement penser à… Reagan Youth ! Pour le chant nerveux, surtout. Remarquez, c’est peut-être tout simplement que le groupe New-Yorkais les avait beaucoup écouté, leur premier skeud datant d’un an plus tard ! Comment savoir ? Par contre, on trouve aussi ici plusieurs  titres rampants distinctement  sous influence Black Sabbath, c'est une évidence absolue. Avec de chouettes petits arrangements qui amènent le truc en dehors d’un punk normé et une bonne présence de la basse, ce qui sera  toujours un plus pour moi. Y’aurait presque un petit côté Hawkwind aussi, je trouve ? Bon, ça deviendra p’têt pas mon nouveau groupe favori, mais c’est clairement un skeud important de l’histoire du punk angliche, un LP qui développe un univers charismatique au possible. (Sealed Records)

 


 TOXIC WASTE "Belfast" LP
Là aussi, voilà un groupe que je n’avais jamais écouté mais qui m’intriguait, à force d’en entendre parler depuis des lustres. Groupe anarcho-punk de la mythique scène du collectif Warzone à Belfast, ce LP sorti à l’origine en 1987 compile leurs titres parus les deux années précédentes sur un 45t et un LP partagés avec d’autres groupes d’Irlande du Nord. Le son est parfois franchement « démo », l’interprétation pas toujours très maîtrisée, le batteur souvent faiblard : bref vous m’avez compris, ce n’est pas un disque « essentiel » comme le précédent. Mais attention, hein, c’est pas tout pourri non plus ! En fait, Toxic Waste avait aussi beaucoup de charme, surtout grâce à l’alternance de voix masculines et féminines et un côté rageur constant. Les morceaux les plus simples sont les plus réussis, avec une petite influence Conflict sous-jacente, je dirais. En fait, c’est beaucoup plus HardCore que les groupes anarcho-punk du début 80’s, ça me rappel d’ailleurs un peu les groupes anglais à chant féminin de la deuxième moitié des 80’s, genre Dan / Sofa Head, etc. Il ya une paire de titres super tubesques avec, encore une fois, cette alternance de chant carrément bien vu, mais aussi deux / trois titres où tu te dis « ils ont trop voulu en faire »… Bien cool, un chouette témoignage de la scène Irlandaise, mais pas le skeud du siècle. (Sealed Records)


REPLACEMENTS "The pleasure's all yours: Please to meet me Outtakes and alternates" LP

Depuis une paire d’années, Rhino / Sire réédite les ‘Mats sous forme de splendides coffrets blindés de trucs mais malheureusement totalement inabordables (plus de 60 boules !). Ils font pareil avec les Ramones, d’ailleurs. « Please to meet me » a donc été réédité sous cette forme : 3 CD + 1 LP avec des pré-mixs, des démos, des inédits, etc. Et pour (cette escroquerie qu’est) le « record store day », ils ont décidé de sortir en LP le CD d’outtakes du coffret, en gros. Le « limited edtion of 10 000 » sur le sticker de pochette me fait beaucoup rire, mais c’était pour moi l’occaze d’avoir enfin ces titres « en propre »… Ils ne sont pas tous inconnus pour les fans, vu que la plupart sont déjà sortis en bootleg ou sur des rééditions CD en bonus (et sur la compile CD « All for nothing / nothing for all »), mais bon… ça fait tout de même une sacrée putain de collection de GRANDES chansons d’un des plus grands groupes ricain ! C’est marrant, « Please to meet me » est pour moi le premier disque décevant des Replacements (pas de Bob Stinson et beaucoup trop produit !), et là, du coup, ça fait un album « alternatif » super concluant ! Car il faut le dire : ils étaient souvent aussi intéressants en démos ou sur leurs inédits que sur ce qui a été publié officiellement à l’époque. Du rock-punky braillard, alcoolo et asocial, où les mélodies te collent des frissons et les riffs de gratte te marquent à vie. Un putain de bon disque d’un putain de groupe ; un comble pour une compile de titres ou versions rejetés !

 

  

PSYCHO DISCO n°6
Ah chic, un nouveau numéro du zine de quenellie ! Il arrive sous une chouette couverture couleur et dedans ça foisonne, comme d’hab’. Alors ouais, on croise souvent dans ces pages les mots "artistes" ou "musiciens" (huhuhu) mais c’est tout de même souvent passionnant : interviews de Lewsberg, Zad kokar, Kobra + plein de super illustrations et des chroniques à la tonne (y’a même Panpan qui cause des Replacements !). Cool comme tout et chaudement conseillé pour peu que vous ayez l’esprit ouvert, vu que je pense pas que ça parlera beaucoup aux partisans d’un punk figé et dogmatique.
coolmarriagerecords@gmail.com


COOLAX n°1
Et hop, un autre zine iconoclaste, ça fait plaisir ! Imprimé en risocopie plusieurs couleurs dans un format un peu chelou (à peine plus petit qu’un A5), il arrive en plus sous une couv’ dessinée par Mattt Konture, chouette chouette ! Au menu : un dossier sur les Television Personalities avec une interview de Jowe Head et le passage en revue de toute leur discographie (où ça cite les Kinks et les Who au lieu des Byrds et The Creation, je m’insurge ! !), des tas d’illustrations et collages, et puis un témoignage captivant et touchant de Pascal sur l’expérience de son grand-père, communiste déporté par les nazis. Je rajoute des chroniques qui partent vraiment dans tous les sens (mais vraiment !) et l’excellentissime texte « punk vigilant » et c’est putain de parfait ! Super attachant. J’espère sincèrement qu’il y aura un numéro 2, parce que là, j’étais tout à fait à la maison, quoi ! (Coolax Records, 6 hent Tanguy-Prigent, 22420 Le vieux marché)

5 mars 2022

PUNK PUNK PUNK ! - Radio Dio

 


Radio dio joue, une fois encore, le rôle de mégaphone saturé aux contre-cultures, dans le cadre de la venue, le 12 mars à St-Étienne à la Gueule Noire, des personnes derrière les sorties de livres:
« A l’arrache, Portraits & récits de la scène musicale underground de Lyon, 1980—2020 »
et « Grenoble calling – Une histoire orale du punk dans une ville de province 1980-2020 »

Pendant une semaine Radio Dio est plus punk que jamais !
Radio Dio propose une semaine d’émissions spéciales, de rediffusions lo-fi sans concessions autour du punk/hardcore/crust et des musiques alternatives énervées et engagées pour en dessiner le tranchant et aiguiser les oreilles !

Lundi 07/03

9h : S.A.V. ( émission de Radio Canut) : Spéciale Punk lyonnais – 1ère partie (14 mars 2017)
12h: Des mots/des sons sans cible : Interview autour du livre « A l’Arrache ! »
14h: S.A.V. ( émission de Radio Canut) : Spéciale Punk lyonnais – 2ième partie (21 mars 2017)
16h : S.A.V. ( émission de Radio Canut) : Spéciale Punk lyonnais – 3ième partie (01 mars 2022)
17h: L’émission Power Pop Pills interviewe le magasin de disque Dangerhouse
19h: Des mots/des sons sans cible avecVanilla Blue à propos de « la scène »

Mardi 08/03

9h: Rediffusion d’une émission de Préjudice, première émission de hardcore sur les ondes libres sauvages et impertinentes !!! (!!! archive cassette donc lofi !!!)
15h: Rediffusion d’une archive de 1993 de l’émission sur l’actualité punk hardcore Bonanza. Comme pas mal d’émissions de Dio des nineties, le crew de Bonanza organisait des concerts dans le bars de st Étienne, avec la particularité pour l’époque de placer les jeunes groupes stéphanois en première partie. À l’arrêt de l’émission au milieu des années 90, pour continuer le soutien de la scène locale, Bonanza est devenu Bonanza recordings. (!!! archive cassette donc lofi !!!)
21h: La France Pue… l’émission punk hardcore depuis 1998 propose sa version d’histoire du punk

Mercredi 09/03

9h : Guerilla Urbaine: rediffusion d’une émission sur le punk de 1982 de la radio stéphanoise swk
(!!! archive cassette donc lofi !!!)
11h: Protest and survive: rediffusion d’une émission sur le punk de 1984 de la radio stéphanoise swk
(!!! archive cassette donc lofi !!!)
15h: Selecta en direct des dj’s punks de swk

Jeudi 10/03

9h: NINETEEN SOMETHING (émission mayday sur radio canut) – Quelque chose des années 90 part1 >>> état des lieux de la scène lyonnaise à la fin des années 80, ça parle aussi de Silly Hornets et de Deity Guns
12h: Des mots/des sons sans cible spéciale semaine du punk se fait une crête
16h : NINETEEN SOMETHING (émission mayday sur radio canut) – Quelque chose des années 90 part 2 >>> ça parle de 2 groupes lyonnais des années 90: Condense et Bästard, ainsi que du Pez Ner, salle mythique à Villeurbanne.

Vendredi 11/03

9h: Mix Autoradio plutôt punk et carrément grrrrenoblois par Flo Mekouyenski
15h-17h: Selecta Queer punk & Riot girls par des électriques de Radio Rageuses

Samedi 12/03

18h30: Split sound system… mixtape de booms punks des dj synthéphanois: punk rock save my my life sound system et shit sound system expérience. (!!! archive cassette donc lofi !!!)

Dimanche 13/03

15h-16h: Meantime – Selecta de Maz de punk du cru 42

Lundi 14/03

9h : Selecta saturée et énervée des hippy/punks du Moumouth Fest agrémentée de lectures de bouquins sur le punk part 1
16h : Selecta saturée et énervée des hippy/punks du Moumouth Fest agrémentée de lectures de bouquins sur le punk part 2
17h30: L’émission Power Pop Pills interviewe le groupe stéphanois Vanilla Blue

Mardi 15/03

14h: Selecta des coups de cœur à clous et à patchs des organisateur-trices

Mercredi 16/03

12h « Plus fort j’entends Rien Vs S.A.V. » discutes et écoutes autour de l’indie / punk dans les environs… en passant par les zines et les émissions de radio, of course !

 

https://radiodio.org/ 

6 févr. 2022

Du son pour la vieillesse !

 




REDSKINS "neither washington nor moscow" 4 CD + livret
Ah mais, sacré putain de bordel de merde ! Enfin ! ENFIN ! Enfin une intégrale de ce groupe essentiel des mid-80's brittonnes ! En 1985, allêché par un zine qui affirmait que leur précédent single avait été produit par Joe Strummer (c'était faux !), j'avais acheté le maxi "Bring it down" qu'on trouvait partout vu qu'il y avait eu un pressage français: grosse, grosse claque. L'année suivante, j'ai chopé l'album à sa sortie et je ne m'en suis jamais tout à fait remis depuis. Je pense que c'est un des mes dix skeuds préférés (ou à minima, il est dans mon proverbiale "Top 20" !). Et sur ce coffret plein à ras-bord (quatre CD !), on a droit à l'intégrale du groupe: le LP, tous les 45t et maxis, le live déjà édité auparavant, les sessions à la BBC, des démos et inédits capturés en live, bref, la totale ! Certains 45t et démos avaient déjà été publiés il y a une dizaine d'années sur le CD "Epilogue" mais rien de comparable avec ce qui est proposé ici. Le bonus absolu pour les amateurs du groupe pas assez obsédés pour avoir chopé tous les 45t, c'est que toutes les versions des singles et EP sont ici présentes ce qui a réellement de l'intérêt, pour une fois: certaines chansons de l'album étaient aussi publiées sur 45t ou maxis avec des mixs (vraiment) distincts et surtout, des prises de chant complètement différentes (même au niveau des paroles !). C'est la boucherie, quoi ! Et de quoi on cause, au fait ? D'un trio de skinheads de gauche qui balançait une Soul-music à l'énergie punk en droite lignée du dernier LP de Jam ou du premier Dexy's, traversée d'éclairs rockabilly jouissifs. Dis comme ça, ça peut paraître improbable, mais je ne vois pas comment mieux les définir ? L'album (sur le CD n°1) est un classique, je le répète, et il y a des tas d'autres trucs géniaux sur les autres disques: la première Peel Session (sortie en maxi dans les 80's) et le deuxième 45t publié par CNT Records font aussi partie des mes skeuds préférés, et à l'aise, blaise. "We're a Marxist-Leninist rock'n'roll band", qu'ils disaient, et l'épais livret remet cela en exergue, revenant avant tout sur leur démarche politique plus que sur des considérations purement "musicales". Il faut dire que contrairement aux habituels artistes "engagés", droit-de-l'hommistes consensuels et vaguement humanistes, ils auront mis en application leur principes, jouant quasi-uniquement pour des tournées pour le droit au travail ou contre le régime d'apartheid de l'Afrique du sud (la praxis, les mecs, la praxis !!). Surtout, ils seront un des piliers du soutien musical militant à la grande grève des mineurs de 1984-85, et c'est d'ailleurs la défaite de ces derniers qui précipitera la fin du groupe... Si vous n'avez qu'un disque à acheter cette année, que ce soit celui-ci ! (London Music)

 

 

ACTION PACT "mercury theatre - on the air !" LP
Je suis vachement content de cette réédition (leur premier LP) vu que je n'avais que les 45t du groupe jusqu'à présent. Donc résumons: groupe de jeunes ados de la grande banlieue Londonienne, première moitié des années 80, punk. Ce qui les singularise grandement de la majorité des groupes "UK82", c'est un chant féminin vraiment vraiment singulier. Contrairement à celui plus "classique" de Beki Bondage dans Vice Squad (ou aux Expelled, aussi), George "Cheex" gueulait comme une damnée, ce qui peut se révéler parfois lassant mais aussi absolument génial à d'autres moments, lorsque la mélodie l'emporte sur le hurlement primitif: sur "Drowning out the big jets" ou "Currant bun", sa performance sur certains passages me fout les poils, clairement ! Un chant que tu reconnais dès la première note et qui est nettement la "couleur" du groupe. Contrairement (encore) à beaucoup de leurs collègues du "punk and disorderly", ils ne naviguaient pas dans un truc rapide et ultra-violent, mais pondaient de solides chansons aux refrains souvent évidents. En gros, les guitares et le rythme renvoient plus à Clash qu'à Discharge, pour résumer le truc à la bourrin. Et ça fait un super skeud à la production soignée (mais pas clinique) que je me suis déjà écouté un paquet de fois. A noter aussi, le super job de réédition de Puke N Vomit Records, comme d'hab' bien supérieur à celui de certains labels européens spécialisés dans les re-releases du punk de ces années là, tant en terme de son (irréprochable)
que de présentation (insert + immense poster !) . Je croise les doigts pour qu'une bonne âme réédite vite le deuxième album !

 


 RUTS "in a rut" LP
Je l'ai déjà dit plusieurs fois, mais avec certains groupes, je suis un crétin. Et comme pour le Clash, les Ruts, ben il me faut tout et dans tous les formats, ahlalalala ! J'ai donc acheté ce LP alors que je l'ai déjà en CD: il est sorti il y a une vingtaine d'années sous le nom "In a can" (dans un joli boitier en fer avec des espèces de sous-bocks marrants dedans), mais il me le fallait en vinyle, t'sais.  Donc voilà, trois démos différentes, 16 titres, son super correcte plus-plus, interprétation de feu (les Ruts ont-ils "mal" joués un seul jour ?), zéro infos sur la pochette (c'est sur Mad Butcher, hein !), pour un skeud qui ravira les fans, certes, mais qui peut aussi convaincre les néophytes... vu que les Ruts enfonçaient tout le monde, une main dans le dos ! Et ouais ! (Mad Butcher)

 

  

CRASS "demo 1978 + Peel sessions 1979" LP
En 1985 (encore !), j'achetais "Stations of the Crass" et essayais de le revendre à peine une semaine plus tard tellement j'avais trouvé ça pourri, tellement je m'étais senti arnaqué ! Aujourd'hui, je regrette, bien entendu... Mais les rééditions officielles de leurs skeuds sont à 25 boules (c'te honte !) et donc quand j'ai vu passer ce bootleg (je pense ?), je me suis laissé séduire. Et bien m'en a pris: la démo de fevrier 78 en face A déchire complètement ! Punk basique avec le chant super cockney, super agressif de Steve Ignorant qui emporte tout sur son passage ! C'est presque Cockney Rejects avant Cockney Rejects ! C'est en tous les cas bien plus Oi! que la totalité des groupes Oi! actuels, c'est drôle finalement ! Une face super intense, du punk-rock sans compromis, purement excellent, qui donne envie de sauter partout comme un con. La face B est une Peel Session assez chiante, avec le groupe dans ses plans expérimentaux / collages sonores / musique concrète qui me gonflent dans les grandes largeurs, mais alors la face A, putain, il te la faut même si comme moi t'avais décidé que t'aimais pas Crass y'a 35 ans !

 


VANILLA BLUE "dark cities" LP
Ahah et ben pour une fois que je cause d'un skeud "actuel", c'est en fait un skeud de vieux briscards ! Et il en est ainsi des groupes de vieux: lorsque on cause d'eux, on est automatiquement forcé de dégainer les noms des douze mille groupes dans lesquels les vieux en question ont précédemment joué. Débarrassons nous de suite de cette fastidieuse liste:  Sixpack, Perfect Cousins, Wei Ji, Protex Blue, Spit, Post Silly Poulps, Thee Muckrackers, Boxing Elena, Zero Gain... et j'en passe donc à peu près onze mille autres, vous m'en excuserez (ou vous m’en remercierez, au choix). C'est marrant parce que vu leurs CV, on pouvait s'attendre à du punk rock mélodique "à la Stéphanoise" et à l'arrivée, non, pas trop; on est ici plus dans un registre bêtement "rock", avec des influences punk (et pop, aussi !) bien sûr. En fait, ça évoque parfois des Teenage Fanclub en version garage-punk avec l'ombre tutélaire du Hüsker Dü des deux derniers LP en toile de fond; et bizarrement, c’est aussi à la sensibilité de plusieurs groupes Australiens des 80's que nous renvoient ces chansons à bien des égards: vous savez, de ceux qui ont écrit les lettres de noblesse du label Citadel… voir même aux Saints époque New Rose (ou "All fools day" !), d'ailleurs ! Mais pas d’obsession retro pour autant, comme c’est la norme dans l’underground actuel : juste de solides chansons, au ton personnel et à l’exécution talentueuse, avec de splendides guitares très travaillées et pléthore d'arrangements judicieux qui mettent en valeur de chouettes mélodies. C'est parfois un peu plan-plan, limite trop maîtrisé, mais l'écoute sur vinyl apporte un plus indéniable par rapport aux versions digitales: le son plus chaleureux atténue vachement l'aspect "propre" des titres sur bandcamp. Dommage
qu'il n'y ait pas les paroles... Well done, lads ! (ou plutôt: "bien vu, les poilus !") (Twenty Something)

1 janv. 2022

De saines lectures !


 VIOLENCE n°13 – Triple dose de punk !

Alors ça, c'est vraiment super cool !! C'est le "catalogue" d'une expo présentée cette année à la Fanzinothèque de Poitiers, basée sur trois groupes cruciaux du punk zexagonale: Camera Silens, Les Thugs et Burning Heads. Le truc trop chouette, c'est que c'est Frank du zine Violence (entre  autres  choses !) qui s'en ai chargé, et qu'il a du coup fait le truc comme s'il s'agissait d'un numéro de Violence, dont la dernière parution date pourtant de 1995 ! On se croirait vraiment dans une "time capsule" ahaha ! Et le contenu est excellentissime: des tonnes de documents, témoignages, photos sur ces trois incontournables du genre, le truc absolument indispensable pour les fans et qui fonctionne à merveille sous cette forme à la fois foisonnante et simple ! Sous une couverture du père Mickson, en plus, yes ! Un must ! Y'a juste que Frank s'est mélangé les pinceaux entre un concert stéphanois de Camera et un de LSD malgré mes (très peu) précieuses indications, aha ! Je déconne, c'est parfait de bout en bout et je crois qu'on peut encore en choper sur les distros de La france Pue et Sucette Distro. Si vous aimez un de ces trois groupes, n'hésitez pas une seconde, c'est passionnant.

 



BRA n°11
Pas de bra, pas de chocolat ! arg, désolé, pas pû m'empêcher de la faire, celle la ! Bon, ben c'est nickel, le zine Bordelais a repris un bon rythme de croisière et comme les précédents, c'est une pure lecture. Au programme, des intervious fournies et argumentées de Derrick Morgan (pour le reggae), de Gonna Get Yours (pour la oi!) ou de Marie de la Fanzinotheque, et puis la suite de l'historique rondement mené des Blaggers et une interview à caractère patrimoniale de The Abhored (oi! et HC antiraciste du début des 90's) qui est vraiment intéressante, et c'est déjà parfait ! On rajoute des kroniks qui partent dans tous les sens (ce qui est un plus !), un ton agréable et une présentation réussie et BRA est tout bêtement en train de devenir un incontournable du fanzinat actuel ! (fanzinebra at hotmail point com)





CHERI BIBI n°12

Ahah ! Daniel s'est carrément mis en couv' de ce numéro, tout d'orange (mécanique) paré ! Comme toujours, c'est énorme: une somme de travail de dingue, des heures de lecture ! Avec pêle-mêle: un dossier bien venu sur les nanas du blues, rythm'n'blues et rock'n'roll originel, des interviews "reggae" de Norma Fraser et Vin Gordon, la suite de celle (passionnante et bavarde) du père Dionnet et une autre en demi-teinte de Sab Grey d'Iron Cross (bah ouais ! Il parle même pas du fait qu' avec ses potes neusks ils traquaient les PD dans les parcs de Washington à l'époque, héhéhé...). Mais le gros morceau du zine, c'est le méga dossier sur les "girls gangs" des fifties, avec la blinde de trucs sur les films et livres du genre avec une iconographie à se taper le cul par terre de beauté graphique ! C’est parfois un peu dur à suivre avec un  côté « catalogue » corollaire au désir d’exhaustivité, mais c’est tout de même super réussi. Avec en plus un article sur Tura Satana et une interview de Miriam Linna (première batteuse des Cramps, rédactrice du fantastique zine Kicks et taulière du label Norton) qui déboite tout et m'a donné envie de ressortir mes exemplaires de Bad Seed !! Arrgh ! Et on rajoute un entretien lui aussi brillant avec Emory Douglas, graphiste des Black Panthers, pasque la lutte des classes, c'est ça qu'est classe, et voilà, c'est parfait ! Bon, ça cause aussi de boxe, mais ça je m'en cogne (aha !) un peu. Top du top ! https://www.cheribibi.net/

 



« LES AVENTURES DE RED RAT - L'INTEGRALE » Johannes Van de Weert

Comment j’ai pu passer à côté de ça tout ce temps, sans dec’ ?  Bon, bien sur, le personnage central de cette BD, je l’ai croisé à plusieurs reprises depuis genre 35 ans, depuis la K7 démo de Kolerat en fait, vu qu’il a été utilisé par 672 trucs punk au fil des années ; mais j’avais jamais lu la BD ! Les éditions Monde A L’Envers et Black Star avaient déjà traduit toutes ces pages en trois volumes ya de ça 5/6 ans, mais là ils ont tout réunit en un unique (et énorme !) tome sous une chouette couverture sérigraphiée. Pas loin de 700 pages ! Alors pour résumer le topo : Red Rat est un personnage créé pour le zine punk Raket à Rotterdam, à l’orée des années 80. Son créateur officiait dans les Rondos, un des premiers groupes punk de la ville, a plus tard collaboré avec The Ex et participait activement à toute l’agitation politique de l’époque. Du coup, les aventures de Red Rat, c’est un peu ce qu’il vivait alors : la punkitude et l’activisme anti-capitaliste. Le trait est agréable, une sorte de ligne claire passée à la moulinette underground, bien moins stylisée que le maître local du genre (le grand Joost Swarte), beaucoup plus déliée et simple. Les histoires abordent toutes un thème central : les émeutes contre le couronnement de la reine des Pays-Bas, l’occupation de logements vacants dans les quartiers ouvriers, la dérive des punks nihilistes vers le fascisme, le règne du consumérisme, la gauche molle et son obsession moraliste du « sociétal », etc etc... Le tout toujours bien amené, avec concision, sans dogmatisme imbitable ou prétention condescendante. L’auteur utilise un anthropomorphisme basique et efficace à la manière d’Art Spiegelman : les prolos sont des rats, les immigrés des lapins et les patrons, flics et politiciens des porcs. Red Rat est un petit rat naïf qui se retrouve souvent dépassé par des situations à la fois humaines, sociales ou politiques et ça se lit d’une traite. En plus, y’a plein d’annexes qui constituent en fligranne l’histoire de la naissance d’une scène punk dans la deuxième ville de Hollande et c’est littéralement captivant ! L’auteur parle même de la fois où Crass les a invité à jouer avec eux en Angleterre et de leur déception lorsqu’ils ont vu ces derniers laisser des skins nazis foutrent le concert en l’air sans jamais ouvrir leur gueule ! D’où scission avec Crass qui, vexés, les accuseront ensuite d’être d’affreux maoïstes, ahaha ! Bref, plein de petites histoires qui mises bout à bout font la grande (histoire !) et des centaines de pages de BD avec un sens ! Et ça nous éclaire aussi sur le monde actuel, hein, on y trouve des tonnes de choses qui sont encore et toujours pertinentes aujourd’hui ! Totalement indispensable ! Commandez ça, soutenez les éditeurs, bordel ! C’est plus punk que n’importe quels skeuds des nouvelles hype « trop underground » du moment. Le Monde A l'Envers






5 sept. 2021

des zines ! des zines !


TRASH TIMES n°21
A cha
que numéro de Trash Times, je suis comme un con quand je l'ouvre: punaize, ce que c'est joli ! Non mais sans rire, en terme de présentation, c'est pour moi un pur plaisir esthétique toutes les fois ! Et pour ne rien gâcher, le contenu est à la hauteur du contenant: ici, le gros de la revue est occupé par un dossier sur les "créatures des marais" dans les comics, des années 40 à nos jours, de The Heap à Swamp-Thing en passant par Man-Thing. Gros gros panard des familles, où ça combine sujet passionnant, iconographie splendide et articles fouillés et érudits. Le thème des créatures des bayous est aussi traitée dans son volet cinématographique, histoire d'être encore plus complet... terrible. On rajoute un peu de rock'n'roll avec les intervious de Magnetix (garage ) et Hangman's Chair (sludge) et une bonne série de kroniks vidéos de séries B et Z oubliées, et c'est juste trop bon ! Indispensab'. Pour les stéphanois, il sera dispo dans genre une semaine dans les librairies L'Etrange Rendez Vous (rue Faure Belon, en face de la bourse du travail) et Dalby (arrêt stas place Carnot), et sinon, on peut le commander là.


COUVRE-FEU n°2
Le retour du skinzine véner' et guerre de classe, avec une partie classique sous formes d'interviews de groupes (Kronstadt, Janitors, Teenage Hearts...) et une autre dans la lignée du précédent, soit un mélange bordélique à souhait de témoignages d'autonomes du début des années 80 (qui étaient autant branchés baston que des hools, mais qui avaient des excuses "politiques", eux, ahaha), de récits d'activistes de la scène punk / skin révélant leur connexion d'avec un disque ou une chanson, et d'au moins deux tonnes de chroniques skeuds, zines, livres... Et je n'oublie pas l'entretien avec Coralie de Rip It Up / Alarm uniquement axé sur la boxe, sujet dont j'ai un peu rien à secouer mais qui se révèle ici carrément intéressant ! A l'arrivée, un sacré paquet de lecture, ça part dans tous les sens (enfin, un peu plus vers l'utra-gauche, tout de même !) et on se régale bien ! Encore, encore !

 


DECONTROL R.e.s.t. diary 2021
Sous un titre emprunté à un des deux meilleurs skeuds d'un groupe de Stoke-on-Trent (il aurait aussi pu s'appeler "Sate violence, state control" quoi ! hihi), Thierry R.E.S.T. nous pond un nouveau petit zine carré sous une splendide couv' collages. Vu le titre, on pouvait s'attendre à un sommaire plutôt D-Beat, et en effet: longs entretiens avec Ansiax, Pisscharge et les copines / copains de l'émission La france Pue. On rajoute là aussi un bon quota de kroniks variées et éclectiques, suivant le cours de cette année de merde (une de plus !), avec le ton inimitable de l'artisan responsable de ces pages, et c'est parfait, quoi; que dire de plus ?  On est pas bien, là ?? (mundodrama at wanadoo point fr)

Cosmic Psychos - Sin Bin

20 juil. 2021

Une nouveauté de l'année dernière, deux vieilleries d'hier !

THE CHISEL « Come see me » 7’
Leur 45t de l'année dernière m'avait 'achement plu, mais je dois reconnaître que je trouve celui-ci un petit peu décevant. Oh bien entendu, ces angliches envoient à nouveau la purée bien comme il faut, mais chais pas, j’accroche moins. Je dirais presque qu’ils sont ici un peu rentrés dans le rang: un titre HardCore à l'ancienne, un titre Oi! (qui ressemble presque à Hard Skin ! ohoho !) , et une reprise de Criminal Damage (le groupe 80's, pas les ricains). Le son est super agressif et tout dans les mediums, et ça ressemble finalement pas mal à 272 groupes actuels qui essaient obstinément de sonner retro / early-80's... C'est bien, certes, mais je cherche un peu le soupçon de personnalité du premier EP. J'ai un peu le même soucis avec Chubby and the Gang, de la même scène / bande: leur nouveau 45t sonne comme AC/DC avec un chant HardCore, et bon, c'est pas ce qui m'avait accroché sur leur LP (et en plus le 45t en question est hyper reuch donc je l'ai pas chopé)... Je suis sans doute un peu trop méchant, là, donc je le répete : ça fait tout de même un bon petit skeud de punk, hein ! Le temps que je fasse cette kronik, The Chisel a sorti un nouveau 45t: allez savoir, il est p'têt mieux ? (La Vida es un mus)

 

THE PARTISANS « Anarchy in Alkatraz / No Future demos 80-82 » LP
Je ne pensais pas du tout qu’il existait une démo inédite des Partisans, et ben si ! Elle prend toute la face A de ce LP :  10 titres enregistrés en avril 1980 par des ados du Pays de Galle ! On s’aperçoit recta que comme de nombreux autres petits groupes punk d’alors, ils ont appris à jouer en faisant des reprises. Ils proposent donc ici seulement deux originaux mais aussi trois reprises de UK Subs, deux des Pistols, et une de Stiff Little Fingers, Buzzcocks et Cockney Rejects, respectivement. On peut dire que ça balise leur style, c’est net, et on pourrait aussi se dire que ça va être moyen-moyen… mais en fait non ! Le son est vraiment (incroyablement) excellent et leurs versions sont parfois carrément jouissives (« Cid », « Flares and slippers »), d’autres fois bancales, mais jamais toutes pourries ! Franchement, ça s’écoute avec beaucoup de plaisir, des gamins à fond d’enthousiasme pour du punk-rock viscéral, sans prétentions ou calculs. Et le truc chouette, aussi, c’est qu’on reconnaît le groupe sans aucun soucis : le chant, par exemple, tu te dis de suite « ok, c’est The Partisans, c'est certain ». La face B est occupée par la fantastique première démo de 81 pour le label No Future, six titres essentiels dont deux constitueront leur premier 45t (le classique « Police story » / « Killing machine »), puis par une deuxième démo de 82 pour le même label, trois titres bien cools qu’ils réenregistreornt pour leur deuxième EP. Clairement, ça donne un document assez exceptionnel et comme sur les autres productions de Sealed Records, le boulot est irréprochable : mastering nickel chrome et très gros livret blindé de photos, paroles, interviews et reproductions d’articles parus dans les magazines de l’époque. Juste parfait, ce livret. Complètement indispensable si la deuxième vague du punk britton vous intéresse ne serait-ce qu’un choullia. (Sealed Records)

 

 RED LIGHTS « s/t » 12’
Il y a encore quelques mois de ça, avant la sortie de cette rondelle, je ne savais même pas que Jeffrey Lee Pierce avait fait ce groupe avant le Gun Club ! Du coup, je suis bien sur le cul car certains des cinq titres ici exhumés déchirent tout ! Le père Jeffrey Lee avait alors cassé sa tirelire pour enregistrer dans un « vrai » studio, donc la « production »  est étonnement pro, même si la bande montre parfois de petits signes de vieillesse. Le confort d’écoute est tout de même assez optimum, ça ne sonne pas cheapos pour un rond, juste comme une bande oubliée et maltraitée, en fait (ou alors, c’est la faute à un mauvais pressage !). C’est marrant, dans le speach inclus dans le skeud, ça cause de « power-pop » et tout et tout, et je ne suis pas persuadé de la pertinence de cette étiquette… mais baste.  Les Red Lights ont seulement fait une poignée de concerts en 1978 (avec les Germs ou Middle Class !) et secondant Pierce, on y retrouvait au moins deux membres de The Last, le groupe power-pop de L.A., grands potes de Black Flag et dont Bomp avait sorti le premier LP.  Bon alors déjà, l’ordre des titres sur la pochette ne correspont pas à celui du vinyl, bravo les génies de In The Red… « Kisses for my president » et « Jungle book » sont deux titres de punk pop, pas si éloignés que ça de ce que fera le Gun Club circa « Miami » sur ses titres les plus mélodiques, et le chant de Pierce est déjà envoutant comme pas permis. Punaize, tu le reconnais dès la 1ere seconde, c’est fou ! Et « Kisses for my president » est vraiment une putain de grande chanson ! Elle te prend par la main et t’emmène ailleurs, directos ! Je rajoute que les parties d’orgue donne une couleur limite « Dylanesque » à ces titres, un petit aspect « Blonde on blonde » très appréciable. « Kitty » est pour trois-quart un reggae (Jeffrey Lee était un grand fan de Burning Spear et écrivait des chroniques reggae pour le zine Slash !) mais malheureusement pas un reggae super mémorable. « Debbie by the christmas tree » est une bizarrerie post-punk / pop très marrante, un peu à la Devo par moments, où il nous chante son désir d’avoir Debbie Harry sous son arbre de noël… qui pourrait ne pas en avoir envie, sans dec’ ? ? ! Enfin, « Tiger girl » est une ébauche de chanson pop 60’s vite torchée, marrante mais pas indispensable. Bref, trois titres excellents, deux juste sympas, ça fait une bonne moyenne. Pour les fans du Gun Club, il va sans dire que ce maxi est indispensable.  Et pour les autres, «qu’ils aillent se faire foutre ».  (In The Red)

16 juin 2021

SOMALILAND

 Je ne sais pas si cette intro est nécessaire, en fait tous les éléments importants sont dans l'interviou de Clément Goutelle ci dessous... Il nous présente donc la BD "Somaliland" qu'il a réalisé avec Max Lewko et Léah Touitou aux éditions Jarjille. Une BD atypique sous forme de biographie de la musicienne militante Sahra Halgan, figure de la résistance Somalilandaise.

 

 
Tu avais il y a de cela quelques années réalisé un reportage sur Sahra Halgan pour le magazine Barré, comment as-tu eu connaissance de son existence ?
En fait, tout est parti d’un dessinateur de l’équipe de Barré. Ça devait être en début d’année 2017. Il venait de croiser un ami guitariste qui lui explique jouer avec une chanteuse somalilandaise. Il me raconte l’histoire en me disant “ ça pourrait faire un bon sujet pour Barré non ? ”. Mais comme beaucoup, je n’avais pratiquement jamais entendu parler du Somaliland avant d’avoir rencontré Sahra. C’est resté dans un coin de ma tête. Et quelques mois plus tard, en préparant le numéro 7 de Barré, le dernier sorti, je suis allé la rencontrer sur Lyon, sans trop savoir ce que je pourrais en tirer. Je savais juste qu’elle avait participée à la résistance somalilandaise et chantait pour faire reconnaître l’indépendance de son pays : le Somaliland.


Dans son parcours, qu'est ce qui t'a suffisamment intéressé, interpellé, pour que tu fasses cette démarche ?
Le fait que le pays ne soit pas reconnu par la communauté internationale est déjà un fait intéressant. Qu’on en ait très peu entendu parlé en France en est un autre. Une résistante qui a soigné les blessés, chanter pour appeler à la résistance durant la guerre, puis expatriée et qui lutte aujourd’hui en chanson… en fait le sujet est pas mal quand même. Mais surtout ça collait parfaitement à la ligne éditoriale de Barré : “ Parler de tout mais surtout d’autres choses ! ”

 

 

Tu penses que l'article a eu un petit retentissement ? Des personnes t'en ont causé, ensuite ?
Pas mal de gens ont appris l’existence du Somaliland à travers cet article. Après ça reste Barré, une publication à 1 200 exemplaires et un site confidentiel. L’information n’a pas spécialement été reprise. Le “ retentissement ” comme tu dis, le terme est déjà trop fort. Ce fut limité, mais c’est toujours un petit grain de sable de plus.
Ce qui était marrant avec Barré, c’est que lorsqu’on sortait un Barré, on retrouvait très très souvent un sujet traité dans d’autres publications indé ou dans le Monde diplomatique suivant. Mais je ne crois pas que le Somaliland avec l’histoire de Sahra en fasse partie.
Sinon, dans les sujets qui avaient retenus l’attention, on avait celui sur la loi du sang en Albanie. Une association nous avait contacté pour nous dire qu’ils s’appuyaient dessus pour défendre le sort de certains Albanais invités à quitter la France. Rien que ça, c’est déjà plus que ce qu’on aurait espéré en lançant Barré !


Du coup, tu trouves pas ça un peu chelou
que ce soient des “ médias alternatifs ” qui, finalement, s’emparent de ce genre de sujets ?
Je ne sais pas. S’il y a des “ medias alternatifs ” comme tu dis, c’est bien que certains sujets ne sont pas suffisamment traités au gout de certaines personnes. Sur le Somaliland, Le Monde donne des informations quand il y a un conflit. D’autres en ont déjà parlé. Chacun son rôle peut-être.   

  
Et tiens, tant qu’on y est, ça te dit de nous exposer rapidement la situation hors-norme du Somaliland ?
C’est compliqué en quelques lignes. Je fais un résumé sommaire : suite à la dictature de Siad Barré une guerre civile éclate en 1983 en Somalie. A la fin du conflit, en 1991, le Somaliland, une région du pays, s’autoproclame indépendant. Il y a des élections, un président, un parlement, mais le pays n’est pas reconnu par la communauté internationale. Et cela dure depuis trente ans.

 

 

Comment est arrivée l'idée de transposer cette rencontre dans un autre média ? Et pourquoi la BD, spécifiquement ?
Comme souvent, c’est l'histoire d’une  rencontre. Pour défendre le magazine, on participait à des salons et fêtes du livre. A celle de Saint-Etienne, surement en 2017 encore, on s’est retrouvé à côté de Jarjille éditions. C’est une maison d’édition spécialisée dans la bd. Ils sont du coin aussi mais on ne se connaissait pas. On a échangé. Michel de Jarjille connaissait Barré et aimait bien ce qu’on faisait. Le numéro 7 venait de sortir. C’était justement celui avec Sahra Halgan. Je lui passe un numéro et lui montre l’article en question. Je lui glisse juste que ça me botterait bien de faire une adaptation bd du parcours de Sahra Halgan. Il a lu l’article et m’a dit de lui envoyer un scenario. Ça a démarré comme ça.

 
Tu avais des contacts, dans le milieu de la BD ?

Franchement, pas spécialement. Je m’y intéresse et j’avais fait quelques interviews d’auteurs que j’aime bien comme Vincent Vanoli ou Ivan Brun, mais c’est tout. Sans Michel de Jarjille, cette bd n’aurait surement jamais vu le jour !


Ben du coup, présente-nous un peu les éditions Jarjille !

Jarjille est une maison d’éditions fondée par deux Stéphanois. Il y a Michel, scénariste sous le nom d’Alep, et Serge alias Deloupy, un auteur de bd reconnu et qui dessine parfois la une de Siné. C’est une petite maison qui est top pour commencer. Ils prennent le temps, accompagnent le projet, conseillent, etc. Ils sortent des choses assez variées mais y’a plein de belles sorties ! 

 
Puisque tu en causes, tu conseillerais quoi, chez eux ?

Tracer d’Ulric est vraiment sympa. Les livres de William Augel sont bien marrants. Je conseille aussi bien sûr Sunu Gaal et Café touba de Léah Touitou. Sinon, Halfbob et Raymonde Howard viennent de sortir une bd qui l’air très très bien.

 

 

Comment s'est faite la rencontre avec les auteurs qui t'accompagnent sur ce projet, au dessin et story-board ?
Là encore, c’est Michel de Jarjille. Je lui ai envoyé mon scenario et il m’a dit “ banco ”. Je ne voyais personne pouvoir bosser dessus en particulier. C’est lui qui a trouvé le dessinateur : Max Lewko. A la base il avait proposé à Léah Touitou qui avait plein de projets à ce moment-là. Elle était intéressée mais n’avait pas le temps. Vu que c’était notre première véritable bd pour Max comme pour moi, elle nous a filé la main sur le découpage, le story-board. On a commencé à trois. Quand on a vu la plus-value qu’elle apportait, on lui a demandé d’aller au bout. Elle a accepté et c’était super parce que je suis persuadé que c’est bien mieux comme ça.

 
Mais alors, comment s’organisait le travail ? Comment se répartissaient les tâches ? C’est pas un peu galère de se retrouver à bosser à trois, justement ?
Léah bossait avec Max ou moi pour passer du scénario de base au storyboard. Elle a vraiment fait le lien. Je ne crois pas qu’il y ait une manière de fonctionner idéale. Pour nous, ça s’est fait comme ça. Ce n’était pas galère, au contraire, c’était le plus simple pour nous.

   
Le noir et blanc, c’était un choix qui s’est imposé naturellement, ou ça répondait à des considérations “ économiques ” (genre : c’est moins reuch !) ?
L’éditeur nous a proposé d’entrer dans la collection en noir et blanc. Esthétiquement ça collait bien et c’était aussi un peu plus simple pour une première bd. C’est déjà suffisamment long comme ça ! Et franchement, je trouve que ça colle super bien avec le dessin de Max Lewko. Certains ont comparé son trait à Craig Thompson, c’est dire.

 


 

Pour toi, quelles ont été les plus importantes difficultés pour passer d'un reportage de journalisme pur à un scénar de BD ?
L’article ne suffisait pas. Je suis allé à la rencontre Sahra et son groupe à plusieurs reprises pour compléter le tout. Dans la bd, on est allé beaucoup plus dans le détail. Il faut que tout coule, que tout se tienne, ni vu ni connu. Et ça c’est du boulot. En avançant, pas mal de petites questions anodines sont apparues. Heureusement, Sahra est restée très disponible. Ensuite le rythme, la narration, ça a été grandement facilité par la présence de Léah Touitou. 


Tu dis que Sahra est “ restée très disponible ” : de quelle façon a-t-elle directement influé sur le résultat final de la BD ?
Elle est surtout restée disponible pour valider certains faits, vérifier certaines informations et compléter certains trous qu’il pouvait y avoir dans l’histoire. Au fil des planches, il y avait toujours quelques questions, quelques points en suspens. 


Je sais que tu aimes Crumb, mais sinon, dans le 9eme art, ya d'autres trucs qui t'ont marqué ? Lire de la BD, c'est un truc que tu fais occasionnellement ou c'est plus que ça ?
J’aime bien ça mais je ne suis pas un inconditionnel. J’ai d’abord accroché par des classiques allant de Larcenet à Art Spigelman. Je suis aussi le travail de quelques auteurs. Ces dernières années, Fabcaro me fait marrer, mais je ne suis pas le seul. En fait, je trouve surtout que la bd est un bon media pour passer une information. Dans Barré on essayait d’ailleurs d’intégrer un article dessiné à chaque fois. 


Il y a une forme de petite “mode" de la BD historique / sociale ces derniers temps; tu penses que "Somaliland" s'inscrit dans ce courant, ou c'est une pure coïncidence ?
La revue dessinée et toutes ces bd reportages ont forcément joué. Inconsciemment, ça m’a surement permis de me dire : “ tiens c’est possible ”. Mais, on le faisait depuis le début de Barré en fait. On essayait toujours d’insérer un article dessiné. Franchement, la bd est un super media pour rendre accessible n’importe quel sujet. Par exemple, dans le premier tiers de la bd sur Sahra Halgan, il y a un passage historique et géopolitique sur la Somalie. C’est un passage obligatoire qui passe crème en bd mais si tu sors un chapitre là-dessus dans un bouquin, ça rebutera un paquet de lecteurs.  


Mais t’as pas peur que la BD soit un peu “ noyée ” dans cet océan actuel de BD “ didactiques ”, justement ?
Si et elle l’est. On a sorti la bd début septembre 2020. On a pris la décision courant aout où tout avait rouvert. Michel de Jarjille a dit “ on y va ”. On a dit “ ok ”. Quinze jours après les restrictions recommençaient. C’était mort. Les salons et festivals ont tous été annulés… Adieu Lyon, Paris, Angoulème… On a eu le nez creux ! 

 

 

Pour l’instant, tu as eu des “ retours ” sur la BD ? ça a intéressé un public plus large que celui du 9eme art, tu penses ?
Je ne sais pas trop. La période a été compliqué pour défendre le livre. Mais un lycée m’a contacté pour une intervention sur la bd Somaliland auprès des élèves. Ça c’est un public plus large… 


Il n’existe qu’un album (assez récent) de Sahra Halgan ? Elle joue toujours régulièrement ?
Oui ils ont connu comme tout le monde une année compliquée et de nombreux concerts annulés, mais ils jouent toujours. Ils font des tournées. Sahra revient du Somaliland quelques semaines avant. Ils répètent avant d’enchainer les dates. 


Et comment a-t-elle accueilli la BD ? Tu as eu son sentiment là-dessus ? Et plus largement, c’est pas un peu “ gênant ” pour elle de personnifier ainsi les luttes du Somaliland, à force ?
On lui avait présenté les planches et elle était déjà très émue. Elle nous avait dit que de voir sa vie en dessin avait quelque chose de magique. Elle était vraiment touchée d’avoir l’objet final en main. Après, je ne crois pas que ce soit gênant pour elle. C’est le combat de sa vie comme on dit.

29 mai 2021

THE CRAMPS bootlegs

 Aaah les Cramps !
Dans les années 80, quand on était petits, ils furent un de ces groupes qui nous ont tout appris. Le Clash nous renvoyait à Bo Diddley, Vince Taylor, Toots ou Bobby Fuller, Lux et Ivy nous ont de leur côté ouvert les portes des Sonics, Trashmen, Charlie Feathers, Hasil Akins et tant d'autres. C'était un peu comme recevoir une leçon d'histoire (sexy !) en matière de garage, de rockabilly, de surf-music et de rythm'n'blues ! Mais pas seulement: le 45t "Human fly" reste à ce jour un des quatre ou cinq meilleurs skeuds PUNK ricains des années 70, tout simplement... eh ouais ! Et même sans parler de top 5 ou autres, toute leur discographie jusqu'à "A date with Elvis" est intouchable. La suite est plus "contrastée", on va poliment dire, mais pas honteuse pour autant.
Une des particularités du groupe, c'est que les bootlegs les concernant ont souvent été excellents, c'est à dire de "vrais disques", pas justes des articles pour complétistes (ou pire encore, pour les collectionneurs !). Par exemple, le "Ohio demo's 79" est un skeud incroyable ! P'têt' bien le meilleur pirate sur lequel j'ai pu poser l'oreille à ce jour, et au niveau de leurs deux premiers LP. Et le double "Live at Club 57 + 9 demos", sous sa jolie pochette EC Comics, propose un bon concert mais surtout les (primitives) démos de 77 et les excellentes sessions de 79 avec Chris Speeding à la console. Je cite ces deux la car je les pense incontournables, mais il y en a une chiée d'autres très bons !
Et du coup, depuis deux ans, j'en chopé quelques uns de ces LP que je me propose de sévèrement kro-niquer ici-même !

 


"Hot Club Philadelphia nov.'77"
A tout seigneur, tout honneur, on commence par l'enregistrement le plus vieux ! Je le connaissais sous une autre pochette (dessinée) mais celle-là est chouette aussi. On le trouve assez facilement mais je ne sais pas s'il s'agit d'un repress ou de vieux stocks ressortis des cartons. En tout état de cause,  v'là un putain de bon concert des familles ! Le son est pro (enregistré pour une radio ?), juste « live » comme il faut mais parfaitement mis en boite, agressif et dynamique. Et la set-list est impeccable: tous leurs tubes de l'époque plus un titre qu'ils n'enregistreront pas (sous cette forme, en tous les cas) de façon officielle: ici, la reprise de "Rocket in my pocket" de Jimmy Loyd sur-bute !! Ah oui, ya aussi une version épurée de "Jungle hop" quatre ans avant son apparition sur leur deuxième album, et celle du "Voodoo idol" du futur même album est pas deg' non plus ! Bref, à l'arrivée c'est tout à fait le genre de bootlegs sont je parlais plus haut: son nickel, interprétation au top, même une personne ne connaissant pas leurs albums y retrouverait son compte !

 



"All aboard the drug train"
Comme pour le précédent, aucune idée de quand c'est sorti, si c'est un repress ou pas, mais on le trouve aussi facilement ces temps-ci. Clairement, je l'ai acheté car la pochette m'a doucement sussuré: "ouh ! ouh ! je suis trop belle ! tu me veux !". Elle avait raison ! Et là aussi, encore une fois, on dirait un enregistrement radio, ou sortie de table de mixage, mais le son est moins équilibré et efficace que le précédent. Bon, ça reste vraiment très propre, mais c'est aussi parsemé de petits défauts (la grosse-caisse qui rentre parfois à donf, par exemple). Petits défauts dans le jeu aussi, avec quelques pains, ce qui est très rare pour les Cramps: "Strychnine" est bien foirée, par exemple. Il s'agit d'un concert de mai 1980 à San Francisco, un des derniers avec Bryan Gregory nous dit la pochette. A l’arrivée, un super moment de early-Cramps, ptêt’ pas 100% indispensable certes, mais si vous le voyez à un prix décent, n'hésitez pas un seul instant, vous passerez un bon moment. Et je pense même que vous réécouterez ce skeud de temps en temps comme je le fais . Bon signe, non ?

 



"Trash is neat vol. 5: the band that time forgot"
Cette compile était sortie ya une dizaine d'années et je ne l'avais pas chopé. Bien m'en a pris, finalement, vu qu'elle est ressortie y'a un an et des brouettes avec trois titres en plus ! Au programme, seulement des reprises et inédits qui ne figurent pas dans leur discographie officielle.  Le truc absolument parfait pour le fan qui veut pas se coltiner douze 45t pirates ou huit LP du même bois pour avoir toutes ces chansons ! Les sources sont diverses, des concerts de 77 à 84, et la qualité de son est assez constante, donc tout baigne. Donc voilou, principalement beaucoup de reprises qui n’auront pas trouvé le chemin du studio, du « Sometimes good guys don’t wear white » des Standells au « Hungry » de Paul Revere en passant par « 5 years ahead of my time » du Third Bardo ou le « Bacon fat » d’Andre Williams. C’est super pratique car comme je le disais, ça évite de se ruiner à trouver les pirates où elles se trouvaient jusqu’alors et ça fait une bien chouette compile qu’on peut ranger sans problème auprès des disques officiels du groupe. Et attention, presque tous les titres butent ! Des « restes » de l’œuvre des Cramps qui à l’arrivée sonnent souvent plus urgents, définitifs et cruciaux que bien des « hits » d’autres groupes ; c’est dire quel fantastique groupe ça a été ! Indispensab’.

 



« Hot pearl radio broadcast »
Enregistré en 86 à Zurich, celui là c’est certain :  il a été enregistré pour les ondes FM ! Il était déjà sorti sous plusieurs noms (« Sex and Cramps and Rock’n’roll », « Do the clam »…) et là, c’est du document irréprochable en termes auditifs. Comme il s’agit de la tournée « A date with Elvis », on a pour la première fois une basse (tenue par la miss Fur Dixon) mais elle est à 90% du temps en mode fuzz, pour rappeller les guitares de Bryan Gregory et Kid Congo. Tout du long, « ça joue grave » comme disent les musicos mais comme les autres concerts de cette tournée, ça joue super vite, aussi ! Du coup, on a un petit manque de groove commun aux enregistrements live de cette période, où le groupe troque en quelque sorte son côté crade et rampant pour une efficacité frontale. Très bon concert, ceci étant, mais c’est clairement la fin d’une époque… Je sais pas, j’ai toujours trouvé que les Cramps avaient une identité beaucoup plus forte jusqu’à cette tournée mais il n’en reste pas moins que ce LP défonce bien comme il faut. Des fois, t’as envie de leur dire « oh ! pas la peine de speeder, là ! » mais c’est énergique, en revanche ! Et ça fait une alternative au bootleg officiel « RockinnreelininAuckland… ». Ce disque est sorti en deux versions : avec lettrage vert, qu’on trouve dans les distros (pas reuch) et en lettrage rose avec code-barre derrière, qu’on trouve dans presue toutes les grandes chaînes pas trop regardantes, vu l’imbroglio autour des autorisations de diffusions / pressages de documents radios ( pas complètement considérées comme des bootlegs, légalement, si j’ai bien compris).


Voilà pour ma maigre contribution, vu que des pirates du groupe sortent tous les deux mois et que j’ai pas le budget pour suivre ! Ceci dit, quelques infos en plus sur des sorties récentes :
- « God bless The Cramps » est un live à Marseille en 81 déjà sorti sous le nom « Fetischism vol. 2 ». Je ne sais pas s’ils ont utilisé les mêmes sources que la précédente édition, mais ce n’était pas un pirate essentiel du groupe, pour moi…
- le live de 1979 au Keystone Club à Palo Alto a déjà été publié sous de multiples noms : « This is pop ! », « Tales of terror », « nazibilly werwoelfen »… Moi je l’ai sous le nom « Werewoelfen after dark » et c’est un de mes live préférés du groupe, une boucherie ! Et ben vous avez de la chance, il a été réédité plusieurs fois ces dernières années sur ces nombreux labels qui s’engouffrent dans le pressage d’enregistrements réalisés par des radios… du coup vous pourrez même les trouver à des prix très corrects dans les magasins de la « grande distribution (de la kulture) », ahaha. Je vous file les noms de ces pirates (qui ne disent pas leur nom, eux !) : « Live At Keystone Palo Alto California February 1st 1979 », « Coast To Coast (Live Radio Broadcast Recordings) », « Live At The Keystone Club 1979-FM Broadcast »…

- Sur Ill Eagle Records (« Illegal records » z-avez compris la blague ? le label de leurs deux premiers LP !) est sorti un truc assez sympa. Si vous le croisez dans les bacs, vous penserez que c’est une réédition de « Songs the lord taught us » vu que c’est le titre que porte ce skeud, et que le recto de la pochette est relativement similaire au 1er Lp des Cramps, même photo mais cadrage différent… Et en fait, c’est l’album avec le mix et le tracking tel que le voulait le groupe à l’époque mais seuls quelques test-press ont été fait.  Donc ya trois titres de plus (qui avaient alors tous attéris sur des 7’, si je ne m’abuse). Ce truc là était déjà sorti sur le bootleg « Songs the lord might have taught us » il y a plus de 20 ans : un artefact sympa, mais dont le son n'était pas merveilleux non plus. Là, ils disent qu’ils ont retrouvé un test-press et pas une K7 de 3eme génération, et pour l’avoir écouté chez un pote, je peux vous dire qu’effectivement, ça sonne bien mieux que le précédent ! En fait, ça sonne comme un truc officiel, ou peu s’en faut. Le même label vient de sortir un « Psychedelic redux » consacré au 2eme LP du groupe, avec des démos et bandes de répetes, à priori… Et ils ont aussi réédité le « Rock’n’roll monster bash », un des premiers pirates des Cramps, que je n’ai jamais trouvé excellent…
- Bon, y’en a des tonnes d’autres ces 2/3 dernières années, mais aux prix généralement assez élevés, fait chier : « Performing songs of sex, love and hate » (deux concerts de 86), « M-m-m-mad daddies » (la vidéo du concert dans un hopital psy), « Born bad at the barrowland ballroom » (live en 90 à Glasgow ; belle pochette !), un split d’un concert avec les Sting Rays, etc etc ! ! ! En bref, il en sort un tous les deux / trois mois, donc je vais même pas tenter l’exhaustivité !
Bonne chasse !


A noter que la splendide illustration de milieu d’article est l’œuvre de l’excellllent Xavier, aka « Kid Subtitle » (qu’il en soit ici remercié !) et que je serais vous, je foncerais voir son site : Subtitle Artwork.




24 mai 2021

Des zines (et des 45t!)

ARTCORE n°40
Incontournable, indispensable, et je vous passe tout un tas d’autres adjectifs ! Le vieux zine anglais nous revient avec sa formule habituelle : des interviews de groupes actuels ( The Chisel, Diaz Brothers, Dealing With Damage…) et des trucs passionants sur des groupes / scènes mythiques d’hier  ( Septic Death, Jawbreaker, Iconoclast, le HardCore suédois des 80’s…). Loin des modes et de la hype, toujours avec un ton avisé et sincère et une présentation au top : un des musts du fanzinat international depuis plusieurs décennies ! Et comme souvent, ya un skeud en bonus dedans et pas n’importe quelle merde :


N.O.T.A. « Moscow » 7’
Ah mais putain de dieu ! Aaagrrghhh ! Depuis le temps que j’attendais une rééfition de ce EP légendaire !  Un des grands classiques du HardCore US daté de 1984 et jamais réédité depuis. Une pure boucherie à mi-chemin entre, disons, Poison Idea de l’époque et les trucs UK82. Franchement, ce disque est tellement bon, tellement essentiel que je ne sais quoi vous dire pour vous persuader de le choper ! Personnellement, je mets N.O.T.A. au même niveau que Jerry’s Kids, The Fix, Deep Wound ou Social Unrest du début, c’est dire comme je les aime… Supers paroles politiques, agression sonore non-stop, refrains tubesques, titres rapides ou pas mais toujours percutants : un sans faute, avec la production basique d’alors qui va bien !  Il va sans dire que 10 secondes de ce 45t défonce allègrement toute la production punk des 2 ou 3 dernières années… Bon, maintenant, qui aura la gentillesse de rééditer leur LP de 1985, hein ? hein ? (http://www.artcorefanzine.co.uk/)


BOOTS AND BOOZE
Ah ben ça, c’est marrant (et pas courant !) : un recueil de BD dédiées au culte skinhead, publié par un zine actif depuis 1987 ! Pour être plus précis, il s’agit ici de récits autobiographiques contant les débuts de la scène skin trad’ / Sharp du sud de la Californie, dans la deuxième moitié des 80’s. C’est mis en images par divers artistes, et ça va de petites histoires superbement dessinées au truc juste à peine compétant graphiquement parlant. Mais c’est très sympa, pas la Grande Histoire mais une chouette collection de petites historiettes parfois futiles, drôles ou complètement idiotes (comme la vie, quoi !). J’imagine que pour les gars de Santa Cruz ayant vécu le truc, ça doit être excellentissime ; pour les autres, restent des tranches de vie  et une lecture ma foi(e) fort appréciable, malgré une couverture très moche, il faut le dire, et un nombre de pages plutôt réduit. Et ya un 45t dedans ! :
JOHNNY PEEBUCK and the SWINGIN' UTTERS « Live at Ritchie’s new years eve party »
Faut être honnête, c’est un peu pour ce skeud que j’ai chopé ce comics… et bon, c’est pas le 45t du siècle, en définitive ! Enregistré en live à l’ancienne (avec un poste à K7, je pense), le son est assez dégueulasse, voir clairement catastrophique pour la face B. Une reprise du « Tell us the truth » de Sham en face A, une du « Sorry » des 4 Skins en face B. Les Utters étaient le groupe central de la scène tondue locale, la bande-son idéal du livre, mais le document en lui-même ne dépasse pas le stade du témoignage. Peut-être qu’une réédition de leur premier EP aurait été plus judicieuse ? Boarf, moi je l’ai déjà ce EP, donc je prends ce petit 45t inédit avec plaisir, mais pour ceux qui veulent un exemple plus pertinent des débuts des Swingin’ Utters, essayez plutôt de choper le EP « Gives you strength », donc, ou le 25cm « Scared » sorti la même année, vos oreilles vous remercieront ! (Proper Skins Comics)

TRASH TIMES n°20
Pfiuhhh, j’ai tellement de retard dans ces chroniks que le temps que je parle de ce n°, le nouveau sera p’têt sorti ! Pour celui-ci, c’est un spécial « cascadeurs », donc quasi uniquement orienté ciné, avec la blinde de trucs sur le thème en question sous une mise en page encore une fois à sa taper le cul par terre ! Parfait pour ceusses qui coinçaient sur les pubs des comics Marvel des 70’s mettant invariablement en valeur les exploits d’Evel Knievel ! En fait, le truc cool avec Trash Times, en dehors du pur plaisir visuel, c’est que même des sujets dont on est à priori peu friand deviennent intéressants. Un vrai boulot de fan. Ce n° est donc très ciné, mais on a aussi deux petites « dérivations » avec un topo sur le comics 70’s Human Fly et son « adaptation » dans le monde réel (passionnant !) et un autre un peu trop rapide sur Rat Fink et son géniteur, le talentueux Ed « Big Daddy » Roth, icône de la Kustom Kulture. Le prochain n° devrait sortir sous peu, donc, et ce sera un spécial Créatures des Marais, chic chic chic ! ( Trash Times )


DELIT NIOUSES
Thierry a décidé d’arrêter Rotten Eggs Smell Terrible, c’est nul ! Mais Thierry a  retrouvé un paquet d’enveloppes carrées et a donc décidé de sortir un zine carré ! Chouette !  Sous un petit format tout mignon, tout beau, on a droit à d’excellentes et longues intervious de Véro des Crabs (le groupe de psycho des 80’s) et de Elo de 20 Minutes de Chaos, et une autre de Toxic Waste. Farpait ! C’est pour nous foutre encore plus les boules, pour qu’on regrette encore plus R.E.S.T. ? ! ? Salaud ! Chopez moi ça.
(mundodrama at wanadoo point fr)

 


CHERI BIBI n°11
Cool, le retour du gros zine parigot ! Un sommaire à ras-bord, comme d’hab’, avec des causeries littéralement passionnantes avec les réalisateurs Costa Gavras et Roger Corman, de la zik bon-goût avec Toy Dolls, The Selecter, Wayne Kramer, Martha Reeves, etc. et une interview bavarde et excellente avec le père Dionnet (Metal Hurlant, Les Enfants Du Rock...) dont je vous conseille d'ailleurs l'autobiographie tout aussi enthousiasmante. Le (costaud) dossier sur les femmes pirates dans la culture populaire (cinéma, littérature…) a les défauts de ses qualités : quand on frôle l’exhaustif, on risque toujours un peu de perdre le lecteur, de rendre le truc un brin impersonnel. Mais je chipote. Y’a encore pleins d’autres trucs dans ces 130 pages, et ça fait une sacrée somme de lecture aux petits oignons ! (https://www.cheribibi.net/abonnements/)

BRA n°10
Eh bé dis-donc, depuis son retour inespéré, le zine Bordelais enchaîne les sans-fautes ! Ici, on a droit à une très bonne et fouillée interview de Max Romeo, l’auteur d’incontournables reggae comme « Wet dream » mais aussi « War inna Babylon », un chouette début d’historique des Blaggers (salut Tangi !), un entretien avec les Irlandais de Grit que je découvre, et encore plusieurs autres trucs. Comme dans le précédent n°, cerise sur le gâteau, on retrouve un topo sur un producteur de pif bio (j’adore !) et de nombreuses et variées chroniques. Un vrai plaisir, ce zine : bien présenté, au ton alerte et pertinent, bref j’attends le prochain avec impatience ! (
fanzinebra@hotmail.com)


 COUVRE FEU n°1
Un peu la suite du one-shot « Karl Marx a inventé le football et le rocksteady » publié il y a quelques années, voici donc un « skinzine désabusé, joyeux et chamailleur » comme ils le disent eux-même. Le sommaire bute, avec pour commencer en beauté un long et complet entretien avec Nico Pinard, skinhead « historique » depuis le début des 80’s, aux propos sans concession et aux révélations (si, si !) surprenantes. Un pan d’histoire de la skinerie / punkitude hexagonale, un truc vraiment fort ! On a aussi une interview du skinzine « haine de classe » Fils De Pute, sortie des cartons où elle était restée 20 ans ! Punaize, ça m’a donné envie de ressortir mes vieux numéros ahaha ! On rajoute des entretiens avec les zines Apatride, ChériBibi, La Faute A qui ? et plein de chroniques et je suis comblé. Le propos est toujours lutte de classe et volontaire, sans compromis ni faux-semblants, donc j’espère qu’il y aura un numéro 2 (on m’annonce que oui, cool cool cool).
(mundodrama at wanadoo point fr)